Patrimoine Mondial au Maghreb

Patrimoine Mondial au Maghreb

Avec une diversité de paysages et un patrimoine historique uniques, le Maghreb compte parmi les régions qui ont le plus de biens culturels, naturels et immatériels inscrits sur cette prestigieuse liste.

vous trouverez dans cet article toutes les informations concernant ces sites :  les raisons de leur classement au patrimoine mondial, leur histoire, les informations pratiques concernant les transports pour se rendre sur place et se déplacer, ainsi qu’une sélection d’hébergements et de restaurants pour partir à la découverte de ces sites exceptionnels à la valeur universelle reconnue. Les tarifs et les horaires d’ouverture indiqués sont ceux de 2018.

Sites classés Patrimoine mondial

L’objectif principal de la liste du patrimoine mondial est de faire connaître et de protéger les sites que l’organisation considère comme exceptionnels. Pour ce faire, et dans un souci d’objectivité, ont été mis en place des critères. À l’origine, seuls existaient les sites culturels (1978), dont l’inscription sur la liste était régie par six critères. Puis, à la suite notamment d’un souci de rééquilibrer la localisation du patrimoine mondial entre les continents, sont apparus les sites naturels et quatre nouveaux critères. Enfin, en 2005, tous les critères ont été fondus en 10 critères uniques applicables à tous les sites : 

  • Représenter un chef-d’œuvre du génie créateur humain;
  • Témoigner d’un échange d’influences considérable pendant une période donnée ou dans une aire culturelle déterminée, sur le développement de l’architecture ou de la technologie, des arts monumentaux, de la planification des villes ou de la création de paysages; 
  • Apporter un témoignage unique ou du moins exceptionnel sur une tradition culturelle ou une civilisation vivante ou disparue;
  • Offrir un exemple éminent d’un type de construction ou d’ensemble architectural ou technologique ou de paysage illustrant une ou des périodes significative(s) de l’histoire humaine;
  • Être un exemple éminent d’établissement humain traditionnel, de l’utilisation traditionnelle du territoire ou de la mer; 
  • Être directement ou matériellement associé à des événements ou des traditions vivantes, des idées, des croyances ou des œuvres artistiques et littéraires ayant une signification universelle exceptionnelle; Représenter des phénomènes naturels ou des aires d’une beauté naturelle et d’une importance esthétique exceptionnelles;
  • Être des exemples éminemment représentatifs des grands stades de l’histoire de la Terre; 
  • Être des exemples éminemment représentatifs de processus écologiques et biologiques en cours dans l’évolution et le développement des écosystèmes;
  • Contenir les habitats naturels les plus représentatifs et les plus importants pour la conservation in situ de la diversité biologique.

Amphithéâtre d’El Jem (1979)

Parmi les trésors du patrimoine tunisien, un monument, classé au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1979, incarne l’apothéose de l’architecture romaine en Afrique du Nord : l’amphithéâtre d’El Jem. Dominant la petite ville d’El Jem (l’antique Thysdrus), ce colosse en pierres de taille, du grès dunaire à la patine dorée, est si imposant qu’il ne manque guère d’impressionner ses visiteurs, suscitant la plus vive admiration.

Élevé au cours du premier tiers du IIIe siècle de notre ère, il se présente sous la forme d’une énorme ellipse, aux axes mesurant 148 et 122 mètres, ayant un périmètre de 427 mètres. Pourvu extérieurement, sur trois niveaux, de 192 arcades, entre lesquelles s’intercalent des colonnes à fûts lisses, coiffées de chapiteaux corinthiens et composites, il atteint une trentaine de mètres de hauteur. L’édifice pouvait accueillir jusqu’à 35.000 spectateurs. À la différence du Colisée de Rome et de la plupart des amphithéâtres antiques, bâtis en grande partie en briques, celui d’El Jem fut entièrement construit en pierres de taille, ce qui est bien plus onéreux. Ceci témoigne de la richesse prodigieuse de de Thysdrus à l’époque romaine, en particulier au cours des IIe et IIIe siècles ap. J-C.

✈ Aéroport de Monastir (69,2 km. Environ 1 heure), Aéroport de Sfax (84,6 km. Environ 1 heure), Aéroport Enfidha-Hammamet (104 km. Environ 1 heure), Aéroport de Tunis (210 km. Environ 2 heures) 
🚃 L'utilisation du train est une méthode très pratique. Les trains sont confortables et le voyage est court. On peut prendre un train tôt le matin, à Tunis, visiter El Jem et reprendre le train de l'après-midi, pour rentrer à Tunis. Tout peut être fait en un jour et laisser du temps libre à Tunis.
🕔 Ouvert de 7 h 30 - 17 h 30, du 16 septembre au 31 mars, de 7 h 30 - 18 h 30, du 1er avril au 15 septembre. 
💰 Entrée : 10 TND pour les étrangers (entrée commune avec le musée), droit de photographie : 1 TND.

Médina de Tunis (1979)

La Médina de Tunis fait partie des premières villes arabo-musulmanes du Maghreb (698 après J.-C.). Capitale de plusieurs dynasties à rayonnement universel, elle représente un établissement humain témoin de l’interaction entre l’architecture, l’urbanisme et les effets socioculturels et économiques des cultures antérieures. Sous les Hafsides et les Almohades venus du Maroc (XIIe au XVIe siècle) elle était considérée comme une des plus importantes et des plus riches villes du monde arabe. Il subsiste de nombreux témoignages de cette période et de périodes antérieures. Entre le XVIe et le XIXe siècle, les nouveaux pouvoirs lui ont donné de nombreux palais et résidences, de grandes mosquées, des zaouias et des médersas.

Le bien inscrit couvre une superficie d’environ 280 ha et présente toutes les composantes d’une ville arabo- musulmane. Il est constitué de la médina centrale (VIIIe siècle) et des faubourgs Nord et Sud (XIIIe siècle). On y dénombre 700 monuments historiques dont des palais, des mosquées, des mausolées, des medersas et des fontaines. Par ses souks, son tissu urbain, ses quartiers résidentiels, ses monuments et ses portes, cet ensemble constitue un prototype parmi les mieux conservés du monde islamique. Le rôle de relais qu’a elle a joué entre le Maghreb, le Sud de l’Europe et l’Orient a favorisé les échanges d’influences dans le domaine des arts et de l’architecture, et ce pendant des siècles. En tant que ville importante et capitale de différentes dynasties (depuis les Banu Khurassan, jusqu’aux Husseinites), elle offre un témoignage exceptionnel sur les civilisations de l’Ifriqiya (essentiellement à partir du Xe siècle).

✈ Aéroport de Tunis (8 km. Environ 15mn ) 
🚃 Tunis est reliée, par train, aux principales destinations touristiques du pays. Le réseau tunisien est connecté au réseau algérien,ce qui permet une liaison directe avec l'Algérie, en prenant le Maghreb express Tunis, à Alger. On pourrait même aller jusqu'au Maroc, si la frontière algéro-marocaine n'était fermée.
🚗 De Gabès, Sfax, Sousse et Hammamet, Tunis est facilement accessible par l'autoroute A 1, en bon état, mais très fréquentée. De Jedeida, emprunter la route RN 7.
(entrée par la Porte de France) 🕔 Accessible 24 h sur 24. 💰 Entrée libre.

Site archéologique de Carthage (1979)

Fondée dès le IXe siècle av. J.-C. sur le golfe de Tunis, Carthage établit à partir du VIe siècle un empire commercial s’étendant à une grande partie du monde méditerranéen et fut le siège d’une brillante civilisation. Au cours des longues guerres puniques, elle occupa des territoires de Rome, mais celle-ci la détruisit finalement en 146 av. J.-C. Une seconde Carthage, romaine celle-là, fut alors fondée sur ses ruines.

Fondation phénicienne en lien avec Tyr au Liban et refondation romaine sur ordre de Jules César, Carthage a également été la capitale d’un royaume vandale et de la province byzantine d’Afrique. Ses ports antiques témoignent des échanges commerciaux et culturels durant plus de 10 siècles. Le tophet, aire sacrée dédiée à Baal, contient de nombreuses stèles où se lisent de nombreuses influences culturelles. Lieu exceptionnel d’éclosion et de diffusion de plusieurs cultures qui se sont succédé (phénico-punique, romaine, paléochrétienne et arabe), Carthage a exercé une influence considérable sur le développement des arts, de l’architecture et de l’urbanisme dans la Méditerranée.

Le site de Carthage offre également un témoignage exceptionnel de la civilisation phénico-punique dont elle constituait le centre de rayonnement dans le bassin occidental de la Méditerranée. Il s’agit également de l’un des centres les plus brillants de la civilisation africo-romaine. Sa résonance historique et littéraire  a toujours nourri l’imaginaire universel. Le site est associé notamment à la patrie de la légendaire princesse tyrienne Elyssa-Didon, fondatrice de la ville, qui a été chantée par Virgile dans l’Eneide; au grand navigateur-explorateur Hannon; à Hannibal, l’un des grands stratèges militaires de l’histoire ; à des écrivains comme Apulée, fondateur de la littérature latine africaine ; au martyr de Saint Cyprien et à Saint Augustin qui y fit sa formation et de fréquents séjours.

✈ Aéroport de Tunis (10 km. Environ 20 mn) 
🚃 Tunis est reliée, par train, aux principales destinations touristiques du pays. Le réseau tunisien est connecté au réseau algérien,ce qui permet une liaison directe avec l'Algérie, en prenant le Maghreb express Tunis, à Alger. On pourrait même aller jusqu'au Maroc, si la frontière algéro-marocaine n'était fermée. 🚗 De Gabès, Sfax, Sousse et Hammamet, Tunis est facilement accessible par l'autoroute A 1, en bon état, mais très fréquentée. De Jedeida, emprunter la route RN 7.
(entrée par la Porte de France) 🕔 Accessible 24 h sur 24. 💰 Entrée libre.

Parc national de l’Ichkeul (1980)

Le lac Ichkeul est le dernier grand lac d’eau douce d’une chaîne qui s’étendait autrefois le long de l’Afrique du Nord. Caractérisé par un fonctionnement hydrologique très particulier basé sur une double alternance saisonnière de niveaux d’eau et de salinité, le lac et les marais qui l’entourent constituent un relais indispensable pour des centaines de milliers d’oiseaux migrateurs qui viennent hiverner à l’Ichkeul.

Le Parc contient des habitats naturels importants en tant que site d’hivernage essentiel des oiseaux du paléarctique occidental. Chaque hiver, le bien accueille une densité exceptionnelle d’oiseaux d’eau avec des effectifs pouvant atteindre certaines années plus de 300.000 canards, oies et foulques présents au même moment. Parmi ces oiseaux, trois espèces dont la protection est d’intérêt mondial sont présentes : l’érismature à tête blanche (Oxyura leucocephala), le fuligule nyroca (Aythya nyroca) et la sarcelle marbrée (Marmaronetta angustirostris). De par la diversité de ses habitats, le bien abrite une faune et une flore très riches et diversifiées avec plus de 200 espèces animales et plus de 500 espèces végétales.

✈ Aéroport de Tunis (78 km. Environ 1h15 mn) 
🚗 De Bizerte, prendre la route RN 11, vers le sud-ouest en direction de Mateur. Après la traversée de Tinja, la route coupe la voie ferrée. L'entrée du parc national est à droite, 50 m plus loin. De Tunis, prendre la route RN 7 en direction de Mateur. Là, tourner sur la droite sur la route RN 11 en direction du nord vers Bizerte. L'entrée du parc national se trouve 50 m avant de traverser la voie ferrée Mateur-Tinja.
🚌 Le plus pratique pour se rendre au parc d'Ichkeul est le taxi, sinon le transport en bus, mais compter 10 km de marche de la station Ichkeul jusqu'au parc.
🚃 Tun
🕔 Ouverts tous les jours de 8h à 18h.

La Kalâa des Béni Hammad (1980)

Située à 36 km M’Sila en Algérie et à 1 000 m d’altitude, la Kalâa des Béni Hammad a été fondée au début du XIe siècle par Hammad, fils de Bouloughine (fondateur d’Alger), et abandonnée en 1090 sous la menace de l’invasion hilalienne. C’est un des complexes monumentaux les plus intéressants et les plus précisément datés de la civilisation islamique. Elle fut la première capitale des émirs hammadites et a connu une grande splendeur. La Kalâa comporte, à l’intérieur d’une enceinte fortifiée de 7 km partiellement démantelée, un grand nombre de vestiges monumentaux, parmi lesquels la grande mosquée et son minaret, et toute une série de palais. La mosquée, avec sa salle de prière de 13 nefs à 8 travées est la plus grande après celle de Mansourah et son minaret est le plus ancien d’Algérie après celui de Sidi Boumerouane. Les ruines de la Kalâa témoignent du grand raffinement de la civilisation hammadite maintenant disparue.

Fondée en 1007 en tant que place forte militaire, elle fut par la suite rehaussée au rang de métropole. Elle a influencé le développement de l’architecture arabe ainsi que d’autres foyers civilisateurs dont le Maghreb, l’Andalousie et la Sicile. Les vestiges archéologiques et monumentaux de la Kalâa des Béni Hammad, parmi lesquels on compte la grande mosquée et son minaret ainsi qu’une série de palais, constituent les principales ressources qui témoignent de la richesse et de l’influence de cette civilisation hammadite.

✈ Aéroport d'Alger (108 km. Environ 2h), Aéroport de Sétif (108km, Environ 1h20) 
🚗 D'Alger, compter 263km et 4h de route via la A1 et la N5 à partir de Maadid 

Médina de Fès (1981)

Plus grande ville historique du monde arabo-musulman, capitale culturelle et spirituelle du Maroc fondée au IXe siècle, abritant la plus vieille université du monde. Elle compte 8000 édifices ayant une valeur historique et esthétique dont 3500 fontaines, 785 monuments religueux (mosquées, medersa, synagogues) , 115 foundouks, 110 palais et demeures.

Fès a connu sa période faste aux XIIIe et XIVe siècles, sous la dynastie mérinide, quand elle supplanta Marrakech comme capitale de l’Empire marocain.  En la parcourant, on peut facilement se laisser emporter à travers son histoire, grâce à ses nombreux monuments. Des Idrissides aux Alaouites, des Andalous aux Juifs, toutes les dynasties et tous les peuples ont laissé leur empreinte sur la ville.

L’espace urbain non carrossable y conserve la majorité de ses fonctions et attributions d’origine. Elle ne représente pas seulement un patrimoine architectural, archéologique et urbain exceptionnel, mais elle véhicule aussi un mode de vie, des savoirs-faire et une culture qui persistent et se renouvellent malgré les divers effets des mutations des sociétés modernes. La présence de l’oued Fâs admirablement canalisé par la nature mais aussi domestiqué par l’homme et de nombreuses sources a donné un urbanisme de qualité et favorisé différentes industries.

La médina de Fès constitue un témoignage vivant d’une cité florissante de l’Occident méditerranéen ayant exercé une influence considérable principalement du XIIe au XVe siècle, sur le développement de l’architecture, des arts monumentaux et de l’aménagement urbain en Afrique du Nord, en Andalousie et en Afrique sub-saharienne. Elle constitue également un exemple éminent d’une ville médiévale créée aux tous premiers siècles de l’islamisation du Maroc et matérialisant un type original d’établissement humain et d’occupation du territoire traditionnel représentatifs de la culture citadine marocaine sur une longue période historique (du IXe au début du XXe siècle).  En dépit du transfert du siège de la capitale à Rabat, en 1912, elle garde son statut de capitale culturelle et spirituelle du pays.

 

Djémila (1982)

Situé à 50 km de Sétif en Algérie, connu sous son nom antique Cuicul, le site de Djémila est un établissement d’une ancienne colonie romaine fondée sous le règne de Nerva (96-98 de notre ère). Avec son forum, ses temples et ses basiliques, ses arcs de triomphe et ses maisons, à 900 m d’altitude, est un exemple remarquable d’urbanisme romain adapté à un site montagneux.

Le site comprend un répertoire typologique et architectural très diversifié, avec système défensif et arc de triomphe, édifices édilitaires et de spectacles, équipements d’artisanat et de commerce, dont le marché des frères Cosinus qui constitue un exemple remarquable de la prospérité économique de la cité.

Timgad (1982)

Sur le versant nord des Aurès en Algérie, Timgad fut créée ex nihilo, en 100 apr. J.-C., par l’empereur Trajan comme colonie militaire. Avec son enceinte carrée et son plan orthogonal commandé par le cardo et le decumanus, les deux voies perpendiculaires qui traversaient la ville, c’est un exemple parfait d’urbanisme romain.

Par son régime de camp militaire romain, son modèle urbanistique planifié et son type d’architecture civile et militaire particulier, le site reflète un profond échange d’idées, de technologies et de traditions exercées par le pouvoir central de Rome sur la colonisation des hautes plaines de l’Algérie antique. Timgad reprend les préceptes de l’urbanisme planifié de la période romaine, régi par un remarquable plan orthogonal en damier. Timgad constitue ainsi un cas typique d’un modèle urbanistique, dont la permanence du plan initial du castrum militaire avait régi le développement du site à travers toutes les époques ultérieures et continue encore à témoigner du génie constructeur des ingénieurs militaires de la civilisation romaine aujourd’hui disparue.

Tipasa (1982)

Situé à 70 km à l’ouest d’Alger sur les rives de la Méditerranée, Tipasa, ancien comptoir punique, fut occupé par Rome, qui en fit une base stratégique pour la conquête des royaumes maurétaniens. Il comprend un ensemble unique de vestiges phéniciens, romains, paléochrétiens et byzantins, voisinant avec des monuments autochtones, tel le Kbor er Roumia, grand mausolée royal de Maurétanie.

Les vestiges architecturaux et archéologiques dedes sites de Tipasa illustrent des méthodes de construction et des traditions architecturales particulières au Maghreb antique. Intégrés dans leur espace naturel, ces sites présentent une singularité morphologique, urbanistique et architecturale qui les distingue des autres sites antiques méditerranéens et en fait un exemple unique. Tipasa reflète de manière très significative les contacts entre les civilisations indigènes et les vagues de colonisation punique et romaine entre le VIe siècle avant J.-C.et le VIe siècle de notre ère.

L’édifice funéraire monumental de forme circulaire, dit Mausolée royal de Maurétanie, associe une tradition architecturale locale du type basina, à un mode de couverture en chemise tronconique à gradins, fruit de différents apports notamment hellénistiques et pharaoniques.


Vallée du M’Zab (1982)

Le paysage de la vallée du M’Zab, créé au Xe siècle par les Ibadites autour de leurs cinq ksour, ou villages fortifiés, semble être resté intact. Simple, fonctionnelle et parfaitement adaptée à l’environnement, l’architecture du M’Zab a été conçue pour la vie en communauté, tout en respectant les structures familiales. C’est une source d’inspiration pour les urbanistes d’aujourd’hui constituant la marque, dans le désert, d’une civilisation sédentaire et urbaine porteuse d’une culture originale qui a su, par son génie propre, préserver sa cohésion à travers les siècles.

Ce modèle d’habitat a exercé une influence considérable pendant près d’un millénaire sur l’architecture et l’urbanisme arabes, y compris sur les architectes et urbanistes du XXe siècle, de Le Corbusier à Fernand Pouillon et André Raverau. Les trois éléments constitutifs des ensembles urbains et d’habitat de la Vallée du M’Zab : ksar, cimetière et palmeraie avec sa cité d’été, sont un témoignage exceptionnel de la culture ibadite à son apogée et du principe égalitaire qui était méticuleusement appliqué par la société mozabite qui, à travers d’ingénieux systèmes de captage et de répartition de l’eau et de création de palmeraie, a su réaliser une interaction extrêmement efficiente de l’homme avec un environnement semi-désertique.

Tassili n’Ajjer (1982)

Couvrant  une superficie de 72 000 km² au Sud-est de l’algérie, cet étrange paysage lunaire de grand intérêt géologique abrite l’un des plus importants ensembles d’art rupestre préhistorique du monde. Plus de 15 000 dessins et gravures permettent d’y suivre, depuis 6000 av. J.-C. jusqu’aux premiers siècles de notre ère, les changements du climat, les migrations de la faune et l’évolution de la vie humaine aux confins du Sahara. Le panorama de formations géologiques présente un intérêt exceptionnel avec ses « forêts de rochers » de grès érodé.

es représentations  de la période des têtes rondes renvoient à d’éventuelles pratiques magico-religieuse vieilles de quelques 10 000 ans, alors que  les représentations de la période des bovidés, marquant la vie quotidienne et sociale, présentent un  réalisme esthétique naturaliste comptant parmi les plus célèbres de l’art pariétal préhistorique. Les dernières images montrent des représentations de la domestication des chevaux et des chameaux.

Les hommes ont  vécu dans cet espace en développant des comportements physiologiques et culturels adaptés à la rigueur du climat ; leurs témoignages remontent à plusieurs centaines de milliers d’années. L’art rupestre, justement tassilien, est l’expression la plus éloquente de relations entre l’homme et son environnement. Cet art montre des espèces dépendantes de l’eau, telles l’hippopotame et des espèces éteintes dans la région depuis plusieurs milliers d’années. Cette combinaison d’éléments géologiques, écologiques et culturels constitue un exemple éminemment représentatif du témoignage de la vie.

Site archéologique de Cyrène (1982)

Colonie des Grecs de Théra, Cyrène fut l’une des principales villes du monde hellénique. Romanisée, elle resta une grande capitale jusqu’au tremblement de terre de 365. Un millénaire d’histoire est inscrit dans ses ruines, célèbres depuis le XVIIIe siècle.

Site archéologique de Leptis Magna (1982)

Embellie et agrandie par Septime Sévère, enfant du pays devenu empereur, Leptis Magna était l’une des plus belles villes de l’Empire romain, avec ses grands monuments publics, son port artificiel, son marché, ses entrepôts, ses ateliers et ses quartiers d’habitation.

Site archéologique de Sabratha (1982)

Comptoir phénicien drainant les produits de l’Afrique intérieure, Sabratha fit partie de l’éphémère royaume numide de Massinissa avant d’être romanisée et reconstruite aux IIe et IIIe siècles.

Médina de Marrakech (1985)

Fondée en 1070-1072 par les Almoravides , Marrakech fut longtemps un centre politique, économique et culturel majeur de l’Empire Marocain, régnant sur l’Afrique du Nord et l’Andalousie. Des monuments grandioses remontent à cette période : la mosquée de la Koutoubiya, la Casbah, les remparts, les portes monumentales, les jardins, etc. Plus tard, la ville accueillera d’autres merveilles, tels le palais Badî, la medersa Ben Youssef, les tombeaux saâdiens, de grandes demeures, etc. La place Jamaâ El Fna, véritable théâtre en plein air, émerveille toujours les visiteurs.

Grâce à sa conception d’origine toujours conservée, ses matériaux de construction et de décoration perpétuellement utilisés et son environnement naturel (notamment les Jardins de l’Aguedal, de la Ménara et la Palmeraie dont la plantation est attribuée aux Almoravides) encore protégé, la médina de Marrakech jouit de toutes ses composantes initiales aussi bien culturelles que naturelles qui lui confèrent une Valeur universelle exceptionnelle.

Les 700 hectares de sa Medina, constituent un exemple achevé d’une grande capitale islamique de l’Occident méditerranéen, abritant un nombre impressionnant de chefs-d’œuvre de l’architecture et de l’art (remparts et portes monumentales, mosquée de la Koutoubia, tombeaux saâdiens, ruines du palais Badiâ, palais Bahia, bassin et pavillon de la Ménara) dont chacun pourrait justifier, à lui seul, une reconnaissance de la Valeur universelle exceptionnelle.

L’habitat ancien, devenu vulnérable du fait de l’évolution démographique, représente, avec son lacis de ruelles, ses maisons, ses souks, ses fondouks, ses activités artisanales et commerciales traditionnelles, un exemple éminent de ville historique vivante.

Cité punique de Kerkouane et sa nécropole (1985,1986)

Situé à l’extrémité du Cap Bon sur une falaise qui domine la mer, Kerkouane apporte un témoignage exceptionnel sur l’urbanisme phénico-punique. Abandonnée pendant la première guerre punique (vers 250 av. J.-C.), et n’ayant de ce fait pas été reconstruite par les Romains, elle apporte un témoignage exceptionnel sur l’urbanisme phénico-punique. Contrairement à ce qui s’est passé à Carthage, Tyr ou Byblos, aucune agglomération romaine ne s’est surimposée à la ville phénicienne dont le port, les remparts, les quartiers d’habitation, les boutiques, les ateliers, les rues, les places, les temples et la nécropole se dessinent nettement dans leur état du IIIe siècle av. J.-C.

Il s’agit de l’unique cité punique actuellement reconnue en Méditerranée et qui recèle une mine d’informations sur l’urbanisme (l’aménagement de l’espace respecte un plan général préétabli : des rues larges et relativement droites forment un réseau en damier dont les cases sont remplies par les insulae) et l’architecture (de défense, domestique, religieuse, structures artisanales, techniques et matériaux de construction). Sur la base des données mises au jour, l’archéologue est en mesure de tracer le profil d’une cité punique telle qu’elle était entre le VIe et le milieu du IIIe siècle av. J.-C. La découverte de Kerkouane constitue un apport considérable pour une meilleure connaissance des sites phénico-puniques en Méditerranée.

Sites rupestres du Tadrart Acacus (1985)

À la frontière du Tassili n’Ajjer algérien, également site du patrimoine mondial, ce massif rocheux est riche de milliers de peintures rupestres de styles très différents dont les plus anciennes remontent à 12 000 ans environ av. J.-C., les plus récentes pouvant être datées du Ier siècle de l’ère chrétienne. Ces peintures reflètent les modifications profondes de la faune et de la flore, ainsi que les divers modes de vie des populations qui se sont succédé dans cette partie du Sahara.

Ancienne ville de Ghadamès (1986)

Bâtie dans une oasis, Ghadamès, « la perle du désert », est une des plus anciennes cités présahariennes et un exemple exceptionnel d’habitat traditionnel. Son architecture domestique se caractérise par les différentes fonctions assignées à chaque niveau : rez-de-chaussée servant de réserve à provisions, étage familial surplombant des passages couverts aveugles qui permettent une circulation presque souterraine dans la ville et terrasses à ciel ouvert réservées aux femmes.

Ksar d’Aït-Ben-Haddou (1987)

Situé sur les contreforts des pentes méridionales du Haut Atlas dans la province de Ouarzazate, le site d’Aït-Ben-Haddou est le plus célèbre des ksour de la vallée de l’Ounila. Le Ksar d’Aït-Ben-Haddou est un exemple frappant de l’architecture du sud marocain. Le Ksar est un groupement d’habitations essentiellement collectif. À l’intérieur de murailles défensives renforcées de tours d’angle et percées d’une porte en chicane, se pressent de nombreuses maisons d’habitation, les unes modestes, les autres faisant figure de petits châteaux urbains avec leurs hautes tours d’angle décorées à la partie supérieure de motifs décoratifs en brique crue, mais aussi des bâtiments et des espaces communautaires.

es plus anciennes constructions ne paraissent pas antérieures au XVIIe siècle, bien que leur structure et leur technique se soient propagées dès une époque très reculée dans les vallées du sud marocain. Le site aurait été également un des nombreux comptoirs sur la route commerciale qui liait l’ancien Soudan à Marrakech par la vallée du Dra et le col de Tizi-n’Telouet. Sur le plan architectural, la structure de l’habitat se présente sous forme d’un groupement compact, fermé et suspendu. Les espaces publics du ksar se composent d’une mosquée, d’une place publique, des aires de battage des céréales à l’extérieur des remparts, d’une fortification et d’un grenier au sommet du village, d’un caravansérail, de deux cimetières (musulman et juif) et du sanctuaire du saint Sidi Ali ou Amer.

Le Ksar d’Aït- Ben-Haddou est une parfaite synthèse de l’architecture en terre des régions présahariennes du Maroc.

Medina de Kairouan (1988)

Fondée en 670,  Kairouan est la plus ancienne base arabo-musulmane du Maghreb. La ville a prospéré sous la dynastie aghlabide, au IXe siècle. Malgré le transfert de la capitale politique à Tunis au XIIe siècle, Kairouan est restée la première ville sainte du Maghreb. Son riche patrimoine architectural comprend notamment la Grande Mosquée, avec ses colonnes de marbre et de porphyre, et la mosquée des Trois-Portes qui date du IXe siècle.

Capitale de l’Ifriqiya pendant cinq siècles, elle a été un lieu de diffusion exceptionnel de la civilisation arabo-musulmane. Kairouan constitue un témoignage unique sur les premiers siècles de cette civilisation et sur son développement architectural et urbanistique. Le site inscrit est un bien en série qui comprend la médina et ses faubourgs, les Bassins des Aghlabides et la Zawiya de Sidi Sahib. La médina (54 ha) et ses faubourgs (20 ha) est un ensemble urbain qui présente toutes les composantes d’une ville arabo-musulmane. La médina est constituée d’habitations juxtaposées réparties en quartiers que séparent des rues étroites et sinueuses ; elle est entourée par des remparts qui s’étendent sur plus de trois kilomètres.

La Grande Mosquée, reconstruite au IXe siècle, est l’un des monuments majeurs de l’Islam mais aussi un chef d’œuvre de l’architecture universelle. Elle a servi de modèle à plusieurs mosquées maghrébines, particulièrement en ce qui concerne les motifs décoratifs dont elle possède un répertoire unique. D’autre part, la Mosquée des Trois Portes, édifiée en 866 apr. J.-C., est la plus ancienne des mosquées à façade sculptée de l’Islam connues à ce jour. Avec la Grande Mosquée, la Mosquée des Trois Portes, le Bassin des Aghlabides, sans parler de nombreux vestiges archéologiques, Kairouan offre un témoignage exceptionnel sur la civilisation des premiers siècles de l’Hégire en Ifrîqiya.

A côté de la Grande Mosquée, le premier lieu de culte fondé au Maghreb, 38 ans seulement après la mort du Prophète, la Zaouïa de Sidi Sahâb abrite les restes d’Abou Djama, un des compagnons de Mahomet. On ne s’étonnera pas que, naguère encore, sept pèlerinages à Kairouan aient pu tenir lieu du pèlerinage à La Mecque prescrit à tous les Musulmans.

Médina de Sousse (1988)

Située dans le Sahel tunisien, Sousse, important port commercial et militaire sous les Aghlabides (800-909), est un exemple typique de ville des premiers siècles de l’islam. Avec sa casbah, ses remparts, sa médina et sa Grande Mosquée, la mosquée Bu Ftata et son ribat typique, à la fois fort et édifice religieux, elle était l’un des éléments d’un système de défense de la côte.

La médina de Sousse constitue un exemple éminent de l’architecture arabo-musulmane et méditerranéenne qui reflète un mode de vie traditionnel particulier. Cette typologie, devenue vulnérable sous l’effet des mutations socio-économiques irréversibles et de la modernité, constitue un patrimoine précieux qui doit être sauvegardé et protégé.

Parc national du banc d’Arguin (1989)

Situé le long de la côte atlantique mauritanienne, ce parc est formé de dunes de sable, de zones côtières marécageuses, de petites îles et d’eaux littorales peu profondes. L’austérité du désert et la richesse biologique de la zone marine créent un paysage terrestre et marin exceptionnellement contrasté. Une remarquable diversité d’oiseaux migrateurs y passent l’hiver. On y trouve également plusieurs espèces de tortues marines ainsi que des dauphins, que les pêcheurs utilisent pour rabattre les bancs de poissons.

Le Parc est un écosystème riche en biodiversité de nutriments et matières organiques, conséquence surtout de l’existence de vastes étendues de vasières couvertes d’herbiers marins, d’un important apport sédimentaire éolien d’origine continentale et de l’effet de l’upwelling permanent du Cap Blanc. Cette richesse assure le maintien d’un milieu marin et littoral suffisamment riche et diversifié pour entretenir d’importantes communautés de poissons, d’oiseaux et de mammifères marins.

Le Parc constitue également l’habitat le plus important de l’Atlantique occidental pour les oiseaux nicheurs de l’Afrique de l’Ouest et les échassiers migrateurs d’origine paléarctique. Les vastes étendues de vasières abritent plus de deux millions d’oiseaux limicoles migrateurs provenant du Nord de l’Europe, de la Sibérie et du Groenland. La population d’oiseaux nicheurs est aussi remarquable en termes de diversité et de nombre : entre 25 000 et 40 000 couples appartenant à 15 espèces d’oiseaux. La zone de hauts-fonds et ilots est aussi le siège d’une activité biologique intense : on y trouve 45 espèces de poissons, 11 espèces de crustacés et plusieurs espèces de mollusques. Le bien abrite aussi quelques espèces de tortues marines notamment la tortue verte (Chelonia mydas) sur la liste rouge de l’UICN des espèces menacées. Parmi les mammifères, il subsiste encore quelques populations reliques de gazelles dorcas (Gazella dorcas), Le grand dauphin et le dauphin à bosse de l’Atlantique sont fréquemment observés dans le bien.

Casbah d’Alger (1992)

La Casbah d’Alger apparaît comme un exemple significatif de ville historique maghrébine qui eut une grande influence sur l’urbanisme dans la partie occidentale de la Méditerranée et en Afrique sub-saharienne.

Dans cet ensemble vivant où résident près de 50.000 personnes, se conservent encore de très intéressantes habitations traditionnelles, palais, hammams, mosquées et divers souks, dont la forme urbaine représente le témoignage d’une stratification de plusieurs tendances dans un système complexe et original qui s’est adapté, avec une remarquable souplesse, à un site fortement accidenté.

La Casbah d’Alger est un exemple éminent d’un habitat humain traditionnel représentatif de la culture musulmane profondément méditerranéenne, synthèse de nombreuses traditions. Les vestiges de la citadelle, des mosquées anciennes, des palais ottomans, ainsi qu’une structure urbaine traditionnelle associée à un grand sens de la communauté sont les témoins de cette culture et le résultat de son interaction avec les diverses couches de peuplement.

Ville historique de Meknès (1996)

Fondée au XIe siècle par les Almoravides en tant qu’établissement militaire, Meknès devint capitale sous le règne de Moulay Ismaïl (1672-1727), fondateur de la dynastie alaouite. Il en fit une impressionnante cité de style hispano-mauresque ceinte de hautes murailles percées de portes monumentales qui montre aujourd’hui l’alliance harmonieuse des styles islamique et européen dans le Maghreb du XVIIe siècle.

Jouissant d’une situation géographique remarquable dans la plaine du Saïss, entre le Moyen-Atlas et le massif pré-rifain du Zerhoun, elle renferme des vestiges qui témoignent du tissu socio-économique ancien et de la ville impériale créée par le sultan Moulay Ismail (1672-1727). C’est la présence de nos jours de cette ville historique renfermant des vestiges rares et des monuments importants au milieu d’un espace urbain en pleine mutation, qui donne à ce patrimoine urbain sa valeur universelle.

Outre son intérêt architectural de style hispano-mauresque, Meknès revêt une importance particulière du fait qu’il s’agit de la première grande œuvre de la dynastie alaouite, reflétant la grandeur de son concepteur. Elle offre également une approche remarquable du tracé urbain intégrant des éléments tant de l’architecture que de l’urbanisme islamiques et européens.

Meknès se distingue également par l’aspect gigantesque et volumineux de ses remparts dont la hauteur atteint 15 m. Elle est considérée comme un témoin exemplaire des villes fortifiées du Maghreb.Dotée d’un urbanisme princier, la ville historique de Meknès illustre également les spécificités de l’architecture de terre (le pisé) des villes sub-sahariennes du Maghreb.

Anciens ksour de Ouadane, Chinguetti, Tichitt et Oualata (1996)

Cités fondées aux XIe et XIIe siècles pour répondre aux besoins des caravanes traversant le Sahara, ces centres marchands et religieux devinrent des foyers de la culture islamique. Ils ont remarquablement préservé un tissu urbain élaboré entre le XIIe et le XVIe siècle, avec leurs maisons à patio se serrant en ruelles étroites autour d’une mosquée à minaret carré. Ils témoignent d’un mode de vie traditionnel, centré sur la culture nomade, des populations de l’Occident Saharien.

Les ksour apportent un témoignage unique sur la culture nomade et du commerce en milieu désertique. Leurs racines remontent au Moyen Âge. Établis en milieu désertique aux confins du Maghreb et des grands ensembles du «bilad es-soudan», ils étaient des centres prospères d’où a rayonné une intense vie religieuse et culturelle.

Cités médiévales, les anciens ksour offrent un exemple éminent de type d’ensembles architecturaux illustrant 7 siècles de l’histoire humaine. Ils recèlent une architecture de pierre originale et décorative. Ils offrent un modèle d’habitat typique des ksour sahariens, particulièrement bien intégrés à l’environnement : leur tissu urbain est dense et serré, parcouru de passages étroits et sinueux, enserrés entre les murs d’enceinte aveugles des maisons organisées autour d’une cour centrale.

Villes historiques vivantes, elles sont un exemple éminent d’établissements humains traditionnels, qui offrent les derniers témoignages d’un mode d’occupation de l’espace original et traditionnel, très représentatif de la culture nomade et du commerce de longue distance en milieu désertique. C’est dans ce cadre particulier que les cités ont fourni des entrepôts sûrs pour mettre à l’abri des produits commerciaux et se sont développées jusqu’à devenir les brillants foyers de la culture et de la pensée islamique.

Médina de Tétouan (ancienne Titawin) (1997)

Tétouan a eu une importance particulière durant la période islamique, à partir du VIIIe siècle, comme principal point de jonction entre le Maroc et l’Andalousie. Après la Conquête chrétienne de la Péninsule Ibérique, la ville a été reconstruite par des réfugiés chassés par les Espagnols. Cela est visible dans l’architecture et l’art qui témoignent de fortes influences andalouses. C’est l’une des plus petites médinas marocaines, mais sans aucun doute la plus complète, dont, ultérieurement, la majorité des bâtiments sont restés à l’écart des influences extérieures.

La médina de Tétouan est ceinte d’une muraille historique d’environ 5 km de longueur et l’accès s’effectue à travers sept portes. La trame urbaine est caractérisée par des artères principales reliant les portes entre elles et donnant accès, d’une part à des espaces ouverts (places et placettes) et à des monuments d’intérêt collectif comme les fondouks, les mosquées, les zaouïas et les quartiers destinés à l’artisanat et au commerce et, d’autre part, aux voies secondaires qui mènent aux impasses et îlots résidentiels constituant des espaces semi privés.

Véritable synthèse des cultures marocaine et andalouse, la ville historique de Tétouan présente des particularités urbanistiques et architecturales qui ont influencé le développement architectural et artistique de l’époque du protectorat espagnol. La ville de Tétouan est fort renommée par son École des arts et métiers (Dar Sanaa) et par son Institut National des Beaux-arts qui témoignent d’une tradition ancestrale et d’une ouverture sur le monde d’aujourd’hui.

La médina de Tétouan constitue également un exemple remarquable de ville fortifiée sur la côte méditerranéenne, adossée à un paysage montagnard du nord marocain. Sa position stratégique  en face du détroit de Gibraltar a joué un rôle important comme point de jonction et de transition entre deux civilisations (espagnole et arabe) et deux continents (Europe et Afrique du Nord).

Site archéologique de Volubilis (1997)

La capitale de la Maurétanie, fondée au IIIe siècle av. J.-C., fut un avant-poste important de l’Empire romain et a été ornée de nombreux beaux monuments. Il en subsiste d’importants vestiges dans le site archéologique, situé dans une région agricole fertile. La ville devait devenir plus tard, pendant une brève période, la capitale d’Idriss Ie r , fondateur de la dynastie des Idrissides, enterré non loin de là, à Moulay Idriss.

Volubilis renferme les vestiges essentiellement romains d’un municipe fortifié bâti sur un site imposant au pied du Djebel Zerhoun. Sa superficie atteint 42 hectares. Elle est d’une importance exceptionnelle en ce qu’elle montre le développement urbain et la romanisation aux frontières de l’empire romain et l’illustration graphique de l’interface entre les cultures romaine et indigène.

Du fait de son isolement et qu’elle n’ait pas été occupée pendant près de mille ans, elle présente un niveau important d’authenticité. C’est l’un des sites les plus riches de cette période en Afrique du Nord, non seulement pour ses vestiges mais aussi pour la grande richesse de ses données épigraphiques.

Le site archéologique de Volubilis est un exemple exceptionnel d’une ville témoignant d’un échange d’influences depuis la Haute Antiquité jusqu’à l’arrivée de l’Islam. Ces échanges se sont croisés sur une aire citadine correspondant au périmètre du site, et sur une aire rurale étendue entre les rides prérifaines du Zerhoun et la plaine du Gharb. Ces influences témoignent de cultures méditerranéenne, libyque et maure, punique, romaine et arabo-islamique ainsi que des cultures africaine et chrétienne. Elles se traduisent par l’évolution urbaine de la ville, les modes de construction et de décoration architecturales, et la création de paysages.

Le site est un exemple exceptionnel d’ensemble archéologique, architectural et d’un foyer de différentes formes d’immigration, de traditions culturelles et de cultures disparues (libyco-berbère et maurétanienne, romaine, chrétienne et arabo-islamique) depuis la Haute Antiquité jusqu’à l’arrivée de l’Islam.

Le site archéologique de Volubilis est chargé d’histoire, d’événements, d’idées, de croyances et d’œuvres artistiques d’une signification universelle, notamment en tant que lieu qui abrita pour une brève période la capitale de la dynastie musulmane des Idrissides. La ville de Moulay Idriss Zerhoun toute proche du site abrite le tombeau de ce fondateur qui fait l’objet d’un pèlerinage annuel.

Dougga / Thugga (1997)

Avant l’annexion romaine de la Numidie, la ville de Thugga, construite sur une colline surplombant une plaine fertile, a été la capitale d’un État libyco-punique. Elle a prospéré sous la domination romaine et byzantine mais a décliné au cours de la période islamique. Les ruines visibles aujourd’hui témoignent de manière imposante des ressources d’une petite ville romaine aux frontières de l’Empire.

Le site archéologique de Dougga est situé dans la région du nord-ouest de la Tunisie, perché sur le sommet d’une colline à 571 m d’altitude dominant la vallée fertile de l’oued Khalled. Avant l’annexion de la Numidie par Rome, Thugga avait plus de six siècles d’histoire et a été, selon toute vraisemblance, la première capitale du royaume numide.

Le site archéologique couvre une superficie d’environ 75 ha. Ces vestiges d’une cité entière avec toutes ses composantes témoignent de plus de 17 siècles d’histoire. Ils constituent un ensemble exceptionnel qui illustre la synthèse entre différentes cultures : numide, punique, hellénistique et romaine. Les monuments romains furent intégrés au tissu urbain qui resta fondamentalement numide. C’est un exemple exceptionnel permettant d’illustrer au mieux la naissance d’une cité autochtone, son développement et son histoire à partir du second millénaire avant J.-C.

Le site de Dougga conserve dans son intégralité les vestiges d’une cité antique avec toutes ses composantes et offre le meilleur exemple connu de l’organisation d’une ville de fondation autochtone et de l’adaptation de son urbanisme au modèle romain.

Pendant environ deux siècles et demi, deux communautés juridiquement distinctes, l’une composée des habitants autochtones et l’autre formée des colons qui étaient des citoyens romains, allaient coexister dans la même ville et sur un même territoire. Elles allaient participer toutes les deux au même titre au développement et à l’épanouissement de la cité.

Tout en gardant un urbanisme foncièrement numide, Thugga s’est ainsi trouvée dotée d’une parure monumentale à la romaine. À cet égard, elle constitue un exemple représentatif d’une cité du Maghreb sous les rois numides et durant les premiers siècles de l’Empire romain.

Médina d’Essaouira (ancienne Mogador) (2001)

Essaouira est un exemple exceptionnel de ville fortifiée de la fin du XVIIIe siècle selon les principes de l’architecture militaire européenne de l’époque, transposée dans un contexte nord-africain. Depuis sa fondation, elle est restée un port de commerce international de premier plan reliant le Maroc et l’arrière-pays saharien à l’Europe et au reste du monde.

Avec l’ouverture du Maroc sur le reste du monde à la fin du XVIIe siècle, la médina d’Essaouira a été conçue par un architecte français profondément influencé par le travail de l’ingénieur militaire Vauban à Saint-Malo. Elle a largement conservé l’aspect d’une ville européenne.

La ville offre également l’exemple d’un centre multiculturel comme en fait preuve la coexistence, dès sa conception, de diverses ethnies telles les Amazighes, Arabes, Africains, et Européens et multiconfessionnel (musulmans, chrétiens et juifs). Indissociable de la médina, l’archipel de Mogador comprend un grand nombre de biens culturels et de sites naturels d’une Valeur universelle exceptionnelle. Sa fondation relativement tardive par rapport aux autres médinas d’Afrique du Nord fut l’œuvre du Sultan alaouite Sidi Mohamed Ben Abdallah (1757-1790) qui voulait faire de cette petite cité de l’Atlantique un port royal et un chef-lieu du commerce marocain avec l’extérieur. Longtemps connue sous le nom de Port de Tombouctou, Essaouira devint l’une des pièces maîtresses du commerce atlantique entre l’Afrique et l’Europe à la fin du XVIIIe siècle et durant le XIXe siècle.

Cité portugaise de Mazagan (El Jadida) (2004)

Les fortifications de Mazagan, qui font aujourd’hui partie de la ville d’El Jadida, furent édifiées comme colonie Portugaise sur la côte atlantique marocaine au début du XVIe siècle. La colonie fut reprise par les Marocains en 1769. Les fortifications, avec leurs bastions et remparts, constituent un exemple précoce de l’architecture militaire de la Renaissance. Les édifices portugais encore visibles sont la citerne et l’église de l’Assomption, construite dans le style manuélin (gothique tardif).

La ville portugaise de Mazagan, l’un des premiers établissements en Afrique occidentale des explorateurs portugais qui faisaient route vers l’Inde, offre un témoignage exceptionnel des influences croisées entre les cultures européenne et marocaine, qui apparaissent clairement dans l’architecture, la technologie et l’urbanisme.

Située à 90 km au sud de Casablanca, elle domine une baie naturelle d’une grande beauté. Les frères Francisco et Diogo de Arruda construisirent la première citadelle en 1514. Celle-ci fut agrandie en 1541- 1548 et transformée en forteresse en forme d’étoile par Joao Ribeiro et Juan Castillo selon les plans de l’architecte italien Benedetto da Ravenna.

La forteresse de Mazagan avec son fossé et ses remparts infléchis est l’un des premiers témoins dans le monde lusitanien de l’application des nouvelles conceptions architecturales de la Renaissance adaptées à l’avènement de l’arme à feu par une technologie portugaise. Témoin intégral et unique au Maroc de l’avènement de ce nouveau style, Mazagan est mieux conservée que les autres fortifications portugaises du Maroc, alors que la plupart des comptoirs portugais dans le monde ont subi beaucoup de changements.

Après le départ des Portugais en 1769 et l’abandon qui s’ensuivit, la forteresse fut réhabilitée au milieu du XIXe siècle et appelée El-Jadida (la nouvelle), devenant un centre commercial et une société multiculturelle comptant des habitants musulmans, juifs et chrétiens.

Rabat, capitale moderne et ville historique : un patrimoine en partage (2012)

Située sur la façade atlantique, au nord-ouest du Maroc, Rabat est le résultat d’un dialogue fructueux entre le passé arabo-musulman et le modernisme occidental. Le site comprend la « ville nouvelle », conçue et construite sous le Protectorat français de 1912 aux années 1930, ainsi que les parties anciennes de la ville qui remontent parfois au XIIe siècle.

La « ville nouvelle » représente un des plus grands et plus ambitieux projets urbains du XXe siècle en Afrique, probablement le plus complet. Les parties anciennes abritent la mosquée Hassan (début de la construction en 1184) ainsi que les remparts et portes almohades, seuls vestiges subsistant d’un grand projet de ville capitale du califat almohade. On y trouve aussi des vestiges de la principauté morisque, ou andalouse, du XVIIe siècle.

La ville moderne est caractérisée par la cohérence de ses espaces publics et par la mise en œuvre d’idées hygiénistes (réseaux, rôle de la végétation, etc.). L’habitat est illustré par des quartiers à l’identité bien affirmée : médina et qasba, quartiers résidentiels et des classes moyennes de la ville moderne, enfin le quartier néo-traditionnel des Habous de Diour Jamaâ. La ville intègre en son sein une somme importante d’éléments monumentaux, architecturaux et décoratifs issus des différentes dynasties antérieures.

Par son ensemble urbain, ses monuments et ses espaces publics, la ville moderne de Rabat respecte les nombreuses valeurs du patrimoine arabo-islamique antérieur et s’en inspire. De manière exceptionnelle, elle témoigne de la diffusion des idées européennes du début du XXe siècle, de leur adaptation au Maghreb et, en retour, d’une influence sur l’architecture et les arts décoratifs autochtones.

La ville apporte un exemple éminent et achevé d’urbanisme moderne, pour une ville capitale du XXe siècle, par une organisation territoriale fonctionnelle qui assume une intégration des valeurs culturelles du passé au sein du projet moderniste. La synthèse des éléments décoratifs, architecturaux et paysagers, de même que le jeu d’opposition entre présent et passé, offrent un ensemble urbain raffiné et rare.

Chef-d’œuvres du patrimoine oral et immatériel de l’humanité

Le patrimoine culturel immatériel (PCI) est une catégorie de patrimoine issue de la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel adoptée par l’UNESCO en 2003. La notion de patrimoine culturel immatériel est apparue au début des années 1990, après les recommandations de 1989 sur la protection des cultures traditionnelles, et en contrepoint du patrimoine mondial tourné essentiellement vers les aspects matériels de la culture.

En 1997 s’est tenue à Marrakech, à l’initiative d’intellectuels marocains et de l’Unesco, une réunion au cours de laquelle a été défini le concept de « patrimoine oral de l’humanité », et décidé d’établir une distinction pour la préservation et la mise en valeur des « chefs-d’œuvre » de ce patrimoine.

** L’espace culturel de la place Jemaa el-Fna (2001)

La place Jemaa el-Fna est l’un des principaux espaces culturels de Marrakech. Devenue l’un des symboles de la ville depuis sa fondation au onzième siècle, elle offre une concentration exceptionnelle de traditions culturelles populaires marocaines qui s’expriment à travers la musique, la religion et diverses expressions artistiques. Située à l’entrée de la Médina, cette place triangulaire entourée de restaurants, d’échoppes et de bâtiments publics est le théâtre quotidien d’activités commerciales et de divertissements. Elle est un point de rencontre pour les habitants de la ville, mais également pour les gens venus d’ailleurs. Tout au long de la journée, et jusque tard dans la nuit, on peut y acheter des fruits, déguster des mets traditionnels et trouver toute une variété de services tels que soins dentaires, médecine traditionnelle, divination, prédication, tatouage au henné ou portage d’eau. On peut également y voir et entendre conteurs, poètes, charmeurs de serpents, musiciens berbères (mazighen), danseurs gnawis et joueurs de senthir (hajhouj). Les expressions orales étaient autrefois continuellement renouvelées par les bardes (imayazen) qui parcouraient les territoires berbères. Aujourd’hui encore, ils mêlent le geste à la parole pour enseigner, divertir et charmer le public. Ils tendent désormais à adapter leur art au monde contemporain en improvisant sur la trame d’un texte ancien, rendant ainsi leurs récits accessibles à un plus large public.

La place de Jemaa el-Fna est un lieu majeur d’échanges culturels et bénéficie d’une protection depuis 1922 au titre d’élément du patrimoine artistique du Maroc. Mais l’urbanisation, en particulier les spéculations immobilières et le développement de l’infrastructure routière, est considérée comme une sérieuse menace pour cet espace culturel. Si la place Jemaa el-Fna jouit d’une grande popularité, les pratiques culturelles pourraient toutefois être affectées par une acculturation, notamment liée au développement du tourisme.

**Le Moussem de Tan-Tan (2005)

Le Moussem de Tan-Tan, dans le sud-ouest du Maroc, est un rassemblement annuel de nomades du Sahara qui réunit plus d’une trentaine de tribus du sud marocain et d’autres régions du nord-ouest de l’Afrique.

À l’origine, il avait lieu tous les ans vers le mois de mai. S’inscrivant dans le calendrier agropastoral des nomades, il était l’occasion de se retrouver, d’acheter, de vendre et d’échanger des denrées et autres produits, d’organiser des concours d’élevage de dromadaires et de chevaux, de célébrer des mariages et de consulter les herboristes. Le Moussem était également le prétexte à diverses expressions culturelles : musique, chants populaires, jeux, joutes de poésie et autres traditions orales Hassani. C’est à partir de 1963 que ces rassemblements ont pris la forme d’un Moussem (sorte de foire annuelle ayant des fonctions à la fois économiques, culturelles et sociales), quand le premier Moussem de Tan-Tan a été organisé pour promouvoir les traditions locales et offrir un lieu d’échange, de rencontre et de réjouissances.

Le Moussem aurait été au départ associé à Mohamed Laghdaf, farouche résistant à l’occupation franco-espagnole, mort en 1960 et enterré non loin de la ville de Tan-Tan. Entre 1979 et 2004, les problèmes de sécurité dans la région ont empêché la tenue du Moussem. Aujourd’hui, les populations nomades sont particulièrement soucieuses de protéger leur mode de vie. Les mutations économiques et techniques qu’a connues la région ont profondément modifié le mode de vie des communautés bédouines nomades, obligeant nombre d’entre elles à se sédentariser. L’urbanisation et l’exode rural ont en outre contribué à la disparition de nombreux aspects de la culture traditionnelle de ces populations, notamment l’artisanat et la poésie. C’est pourquoi les communautés bédouines comptent sur le renouveau du Moussem de Tan-Tan pour les aider à assurer la survie de leurs savoir-faire et traditions.

**Moussem des Cerises de Sefrou (2012)

Pendant trois jours en juin, chaque année, la population locale de Sefrou célèbre la beauté naturelle et culturelle de la région, symbolisée par la cerise et la nouvelle Reine des Cerises choisie cette année-là à l’issue d’un concours qui attire des compétitrices de la région et du pays tout entier. Le point culminant de la fête est un défilé avec des troupes de fantasia, de musiques rurales et urbaines, de majorettes et de fanfares, et des chars représentant les producteurs locaux. Au centre se tient la Reine des Cerises qui offre des cerises aux spectateurs, parée de ses plus beaux costumes et entourée de ses dauphines. Toute la population contribue à la réussite du festival : les femmes artisanes fabriquent les boutons en soie pour les vêtements traditionnels, les arboriculteurs fournissent les cerises, les clubs sportifs locaux prennent part aux compétitions et les troupes de musique et de danse animent l’ensemble des festivités. Le festival est une source de fierté et d’appartenance qui valorise l’amour-propre de la ville et de ses habitants, et constitue une contribution fondamentale à leur identité locale.

La cerise de Sefrou, ou el-Beldi, est une cerisette noire, très sucrée à sa maturité, que l’on trouve au Maroc. Selon la tradition, sa queue aurait des vertus curatives.

**Les rites et les savoir-faire artisanaux associés à la tradition du costume nuptial de Tlemcen (2012)

Le rituel nuptial de Tlemcen dans le nord-ouest de l’Algérie commence chez les parents où la mariée revêt une robe de soie dorée réalisée dans un tissage traditionnel, entourée de ses amies et cousines mariées, parées de leurs costumes nuptiaux. Des dessins symboliques au henné sont appliqués sur ses mains et une femme plus âgée l’aide à revêtir un caftan de velours brodé, les bijoux et une coiffe conique. Des rangs de perles baroques protègent ses organes vitaux et de reproduction contre les esprits malfaisants. En quittant le foyer, la mariée est dissimulée sous un voile de soie flamboyant. Pendant la fête nuptiale, une femme mariée du cercle de ses proches dessine des motifs arrondis rouges et argentés sur les joues et sous la lèvre inférieure de la mariée pour la purifier et la protéger. Une fois protégée par son caftan, ses bijoux et son maquillage, la mariée quitte son voile, prête à se marier. Les jeunes filles de Tlemcen sont initiées à la tradition du costume dès le plus jeune âge, tandis que l’artisanat que représente la confection du précieux costume nuptial se transmet de génération en génération. Le rite symbolise l’alliance entre les familles et la continuité entre les générations, alors que l’artisanat joue un rôle majeur dans la perpétuation de la créativité et l’identité de la communauté de Tlemcen.

**La diéte méditerranéenne de Chefchaouen (2013)

La diète méditerranéenne implique un ensemble de savoir-faire, de connaissances, de rituels, de symboliques et de traditions qui concernent les cultures, les récoltes, la cueillette, la pêche, l’élevage, la conservation, la transformation, la cuisson et, tout particulièrement, la façon de partager la table et de consommer les aliments. Manger ensemble constitue le fondement de l’identité et de la continuité culturelles des communautés du bassin méditerranéen. C’est un moment d’échange social et de communication, d’affirmation et de refondation de l’identité de la famille, du groupe ou de la communauté. La diète méditerranéenne met l’accent sur les valeurs de l’hospitalité, du bon voisinage, du dialogue interculturel et de la créativité, et sur un mode de vie guidé par le respect de la diversité. Elle joue un rôle important dans les espaces culturels, les fêtes et les célébrations en rassemblant des populations de tous âges, classes et conditions. Elle inclut l’artisanat et la production d’objets pour le transport, la conservation et la consommation des aliments, entre autres les plats en céramique et les verres. Les femmes jouent un rôle essentiel dans la transmission des savoir-faire et des connaissances de la diète méditerranéenne, dans la sauvegarde des techniques, dans le respect des rythmes saisonniers et des ponctuations festives du calendrier, et dans la transmission des valeurs de l’élément aux nouvelles générations. De même, les marchés jouent un rôle clé en tant qu’espaces de culture et de transmission de la diète méditerranéenne, dans l’apprentissage quotidien de l’échange, du respect mutuel et de l’accord.

**Le pèlerinage annuel au mausolée de Sidi ‘Abd el-Qader Ben Mohammed dit « Sidi Cheikh » (2013)

Chaque année, les communautés soufies nomades et sédentaires effectuent un pèlerinage au mausolée du mystique musulman Sidi ‘Abd el-Qader Ben Mohammed dit « Sidi Cheikh », enterré à El Abiodh Sidi Cheikh. À partir du dernier jeudi de juin, trois jours de rituels religieux et de manifestations profanes festives rendent hommage au fondateur de la confrérie. Le pèlerinage renouvelle les liens et les alliances au sein de la confrérie soufie et assure la paix et la stabilité entre les communautés. Il a également contribué au récent essor du soufisme ainsi qu’à la promotion de valeurs communautaires telles que l’hospitalité et de pratiques collectives telles que les hymnes à Sidi Cheikh, les récitations du Coran, les danses et les chants profanes. Les rituels commencent par une récitation en chœur du Coran suivie, à l’aube, d’une cérémonie consistant à renouveler l’affiliation des communautés à la confrérie soufie. Les festivités profanes comprennent des jeux d’escrime, des compétitions équestres et des danses qui mobilisent plus de 300 cavaliers venant des différentes communautés. Les connaissances spirituelles s’apprennent et se transmettent dans les familles, tandis que les maîtres soufis enseignent les principaux rituels et prières soufis aux initiés à travers un apprentissage formel. Les danses et jeux profanes des hommes et des femmes s’enseignent dans des associations ou sont transmis par la pratique.

**Les pratiques et savoirs liés à l’imzad des communautés touarègues (2013)

La musique de l’imzad, caractéristique des populations touarègues, est jouée par les femmes avec un instrument à corde unique frottée, également connu sous le nom d’imzad. La musicienne place l’instrument sur ses genoux et joue en position assise au moyen d’un archet en bois arqué. Alliant musique et poésie, la musique de l’imzad est fréquemment jouée lors des cérémonies dans les campements touarègues. L’instrument fournit l’accompagnement mélodique des chants poétiques ou populaires glorifiant les aventures et les exploits des héros du passé, qui sont souvent chantés par les hommes et auxquels hommes et femmes participent en émettant des cris modulés ou aigus. La musique revêt également une fonction thérapeutique car elle est jouée pour chasser les mauvais esprits et atténuer les souffrances des malades. Le son de l’imzad reflète les sentiments et les états d’âme de l’interprète, et toute difficulté d’exécution au cours d’une interprétation est considérée comme un signe de malheur. Les femmes fabriquent l’instrument à partir d’une demi-calebasse séchée et évidée. Celle-ci est tendue d’une peau du côté ouvert, percée de deux ouïes en forme de rosace et munie d’un chevalet en bois en forme de V. Le savoir musical de l’imzad est transmis oralement selon des méthodes traditionnelles qui favorisent l’observation et l’assimilation.

**L’argan, pratiques et savoir-faire liés à l’arganier  (2014)

L’arganier est une espèce sylvestre endémique présente dans la Réserve de biosphère de l’arganeraie du sud-ouest marocain. Les femmes et, dans une moindre mesure, les hommes vivant dans les zones rurales de la Réserve utilisent des méthodes traditionnelles pour extraire l’huile d’argan du fruit de l’arganier. Différentes tâches, dont la réalisation se transmet par voie d’imitation et par l’apprentissage non formel, sont nécessaires pour obtenir l’huile, qui trouve de nombreux usages dans l’alimentation, la médecine et la cosmétique. Ces tâches sont la cueillette des fruits, leur séchage, le dépulpage, le concassage, le tri, la mouture et le malaxage. Le moulin à bras spécifique est fabriqué par des artisans locaux, et le malaxage suppose l’ajout progressif d’eau tiède selon des quantités précises. Tous les aspects culturels relatifs à l’arganier, dont la culture de l’arbre, l’extraction de l’huile, la préparation des recettes et des produits dérivés, et la confection des outils artisanaux nécessaires aux différentes tâches contribuent à la cohésion sociale, à l’entente entre les individus et au respect mutuel entre les communautés. L’huile d’argan s’offre en cadeau de mariage et s’utilise fréquemment pour la préparation de plats de cérémonie. Les savoir-faire traditionnels portant spécifiquement sur l’extraction de l’huile et ses multiples usages sont transmis par les « arganières », qui apprennent à leurs filles, dès leur plus jeune âge, à les mettre en pratique.

**Le rituel et les cérémonies de la Sebeïba dans l’oasis de Djanet, Algérie (2014)

Le rituel et les cérémonies de la Sebeïba sont pratiqués sur dix jours par deux communautés vivant à Djanet au cours du premier mois du calendrier lunaire musulman. Des danseurs et des chanteuses s’affrontent pour avoir le droit de représenter leur communauté lors d’une compétition sur neuf jours appelée « Timoulawine ». Les vainqueurs participent le lendemain au rituel et aux cérémonies de la Sebeïba. Les danseurs, en tenue guerrière, et les chanteuses se rendent dans un lieu appelé « loghya » pour pratiquer le rituel. Une fois arrivés, les danseurs forment un cercle rituel en faisant cliqueter leurs épées en continu tandis que les femmes chantent des chants traditionnels au rythme des tambourins. À la fin de la journée, les participants se dispersent. Les connaissances liées au rituel et aux cérémonies sont transmises directement des anciens aux jeunes. Les artisans locaux fabriquent et réparent les tenues, les armes, les bijoux et les instruments de musique nécessaires au rituel et aux cérémonies. Le rituel et les cérémonies de la Sebeïba sont un marqueur important de l’identité culturelle des Touaregs qui vivent dans le Sahara algérien. Ils permettent de renforcer la cohésion sociale et de conjurer symboliquement les éventuels actes de violence entre les communautés rivales en simulant et en transposant cette violence dans le domaine de la compétition artistique.

**Le sbuâ, pèlerinage annuel à la zawiya Sidi El Hadj Belkacem, Gourara (2015)

Chaque année, les pèlerins des communautés zénètes, dans le sud-ouest du Sahara algérien, visitent les mausolées des saints pour commémorer la naissance du prophète Mahomet. Le sbuâ est un pèlerinage qui s’étale sur une semaine et comporte des pratiques culturelles festives liées à des activités de groupe, comme des visites et des célébrations accompagnées de chants et de danses. Les pèlerins terminent leur voyage le septième jour sur une place à l’extérieur d’une  »zawiya » (institution communautaire) située au centre de Gourara, qui abrite le mausolée de Sidi El Hajd Belkacem. Les différents groupes de pèlerins fusionnent symboliquement autour d’un détenteur portant l’étendard du saint avant de rejoindre ensuite leurs groupes respectifs pour poursuivre le rituel, qui est dirigé par les pèlerins les plus âgés. Les femmes participent aux rassemblements en poussant des youyous et en présidant le rituel dit « de la meule », une semaine avant le début de la cérémonie, au cours duquel elles broient la première poignée de céréales utilisée pour faire le couscous mangé par les pèlerins. Les détenteurs de cette tradition peuvent remonter leur lignée jusqu’aux saints et se décrivent comme des descendants. Les enfants et les jeunes sont impliqués de manière formelle dans les différents aspects (actes, prières et chants), devenant peu à peu eux-mêmes les détenteurs de la connaissance. Compte-tenu de l’ensemble des croyances et des rites à l’œuvre dans le pèlerinage, le sbuâ est considéré par les communautés comme étant une expression de leur histoire et des liens qui les unissent.

**Fauconneries de Boulaaouane (2016)

Utilisée à l’origine pour se procurer de la nourriture, la fauconnerie est désormais davantage liée à la protection de la nature, au patrimoine culturel et à l’engagement social des communautés. Suivant leurs propres traditions et principes éthiques, les fauconniers dressent, forment et font voler des oiseaux de proie (falconidés, mais aussi aigles et accipitridés) en développant un lien avec eux et en devenant leur principale source de protection. Présente dans de nombreux pays du monde, la pratique peut varier, par exemple, au niveau du type d’équipement utilisé, mais les méthodes restent les mêmes. Se considérant comme un groupe, les fauconniers peuvent voyager pendant des semaines pour chasser, en se racontant, le soir, leur journée. Ils considèrent la fauconnerie comme un lien avec le passé, notamment lorsqu’il s’agit de l’un des derniers liens avec l’environnement naturel et la culture traditionnelle de la communauté. Les connaissances et savoir-faire se transmettent de génération en génération dans le cadre du mentorat, de l’apprentissage au sein des familles, ou d’une formation dans des clubs et des écoles. Dans certains pays, un examen national doit être passé pour devenir fauconnier. Des rencontres et festivals permettent aux communautés de partager leurs connaissances, de renforcer la sensibilisation et de promouvoir la diversité.

**La Taskiwin, danse martiale du Haut-Atlas occidental (2017)

La Taskiwin est une danse martiale typique des montagnes du Haut-Atlas occidental au centre du Maroc. Elle tire son nom de la corne richement décorée que porte chaque danseur, le Tiskt. Elle consiste à faire vibrer les épaules au rythme des tambourins et des flûtes. Cette pratique encourage la cohésion sociale et l’harmonie et représente un important mode de socialisation pour les jeunes. La transmission aux jeunes générations s’effectue le plus souvent de façon informelle, par un apprentissage direct. Toutefois, pour plusieurs raisons, la danse est désormais circonscrite à un nombre réduit de villages et est menacée de disparition. La mondialisation menace de la faire tomber dans l’oubli, comme en témoigne le désintérêt croissant des jeunes envers le patrimoine traditionnel, au profit des pratiques artistiques modernes. Plusieurs communautés ne pratiquent plus la danse et les amateurs et détenteurs qui restent n’arrivent pas à trouver d’apprentis à qui transmettre leur savoir-faire. L’artisanat relatif aux instruments et aux accessoires est également sur le déclin. Néanmoins, au cours des deux dernières décennies, la nécessité d’assurer la viabilité de la Taskiwin a fait l’objet d’une prise de conscience collective dans certaines communautés. Ainsi, la première association dédiée à cette pratique a été créée dans la région en 1993. Cette initiative a été suivie par plusieurs autres villages et plusieurs associations locales sont en cours de création.

Sites classés sur la Liste Indicative du Patrimoine mondial

L’inscription sur la liste indicative constitue la première étape de l’inscription sur la liste du patrimoine mondial. Elle regroupe les éléments pour lesquels l’État partie a l’intention de déposer un dossier de candidature à l’UNESCO, avant que ne soit validé son passage en session du Comité du patrimoine mondial. La liste indicative du patrimoine mondial est donc une antichambre de la liste du patrimoine mondial listant les éléments recensés et mis en valeur par chaque État partie.

*Moulay Idriss Zerhoun (1995)

Ville fondée sur le mont de Zerhoun par Idriss I fondateur du ler état Islamique au Maroc à la fin du VIIème siècle. Elle revêt un caractère spirituel qui a permis l’établissement de plusieurs monuments et sanctuaires religieux dont le plus important est le mausolée Moulay Idriss. La ville se caractérise par une architecture Islamique élaborée et conçue selon un style parfaitement intégré à l’environnement culturel local

*Taza et la Grande Mosquée (1995)

Taza est une cite ancienne dont l’importance remonte à l’époque Almohade (XIIème S) pendant laquelle furent édifies plusieurs ouvrages défensifs (enceinte et bastions) et en particulier la grande mosquée qui renferme un important lustre importé d’Andalousie à la suite de la bataille d’Alarcos. Carrefour important entre l’Est et l’Ouest du pays, la situation stratégique de la ville située en élévation dans un col étroit lui confère une épopée historique qui s’étale sur plusieurs siècles.

*Mosquée de Tinmel (1995)

La mosquée de Tinmel a été édifiée dans la région du Haut-Atlas à la mêmoire de Mehdi Ibn Toumert fondateur de la dynastie Almohade (XIIème siècle). Cette mosquée a été construite selon un procédé Andalou Maghrébin qui allie le raffinement de la tradition architecturale et les techniques de construction locale.

*Ville de Lixus (1995)

La ville de Lixus est d’après de nombreux auteurs anciens l’une des premières cites de l’occident méditerranéen. Elle est située à l’embouchure de l’oued Lukkos, en face de la ville moderne de Larache.

Les fouilles qui y ont été entreprises ont montré que le site a été occupé depuis le VIIIème siècle avant J.C jusqu’au XIV4me siècle après J.C. Les secteurs fouillés ont touché un quartier religieux constitué de nombreux temples, un quartier d’habitat préroman et romain, un complexe industriel de salaisons (l’un des plus importants du bassin méditerranéen)…

La stratigraphie du site comprend 5 grandes phases: phénicienne, punique, mauritanienne, romaine et post-romaine et une dernière phase islamique.

*El Gour (1995)

Type de Tumulus appelé « Bazina » constitué d’assises en blocs de pierres taillées disposées régulièrement les unes sur les autres en forme de gradins circulaires.

Site de l’époque protohistorique (V4me siècle avant J.C.) édifié au profit d’un personnage illustre dans la région de Meknes au Maroc.

*Grotte de Taforalt (1995)

Site préhistorique de la période paléolithique, de renommée international (population mechtoide), situé dans le Nord-est du Maroc. Il s’agit d’une gallérie d’environ 55 mètre de profondeur caractérisée par un remplissage stratigraphique relatant toute l’histoire du paléolithique superieure de l’Afrique du nord.

De cette grotte ont été exumé une importante industrie lithique et une nécropole constituée d’environ cent individus appartenant au type mechtoide (homme moderne de l’Afrique du nord). Cette population date d’environ 20000 ans avant J.C.

*Parc naturel de Talassemtane (1998)

Ecosystème forestier méditerranéen endémique,unique dans le monde par sa richesse en espèces végétales endémiques telles que Abies marocca(Sapin du Maroc), rares ou remarquables, son paysage d’une beauté exceptionnelle (pics de montagnes calcaires, falaises, gorges, grottes…) surplombant la cité de Chefchaouen, ville de tradition andalouse.

*Aire du Dragonnier Ajgal (1998)

Ecosystème présteppîque à préforestier endémique, unique dans le monde par sa richesse en espèces végétales endémiques telles que Dracuena draco subsp. ajgal (Dragonnier du Maroc) et Argania Spinosa (Arganier), rares ou remarquables; son paysage d’une beauté exceptionnelle (falaises importantes des djebels Imzi et Adad-Medni), est réhaussé par la présence de peintures rupestres exécutées avec la sang extrait du tronc du dragonnier.

*Lagune de Khnifiss (1998)

D’une superficie totale de 60.000 ha au Nord-Est de Tarfaya, la lagune de Khnifiss est un fleuron des réserves marocaines qui offre une diversité étonnante de biotopes dans un milieu désertique austère mais à la beauté paysagère somptueuse. Les valeurs naturelles du site sont rehaussées par la présence de vestiges archéologiques préhistoriques et historiques sur lesquels des recherches pluridisciplinaires se penchent ces dernières années.

*Parc national de Dakhla (1998)

Le Parc National de Dakhla s’étend sur une supefflcie de 14160 km2 qui occupe 1/10 de celle de la rovince de Oued Eddahab dans l’extrême Sud du Maroc. ll est célèbre pour sa richesse en groupements végétaux et en faune propre au zones à climat prearide. Sa côte, notamment la presqu’ile du Cap blanc-Aguerguer, est connue pour sa population de Phoques moines Monachus monachus. Elle justifie à elle seule son classement en parc national.

 

*Paysage culturel d’Azougui (2001)

Le paysage culturel d’Azougui se compose de plusieurs structures culturelles dont l’existence est étroitement liée au milieu, et ce dernier est également soit une production culturelle soit un phénomène naturel qui porte maintenant les empreintes de toutes les valeurs culturelles qu’il abrite. Les composantes essentielles de ce paysage sont:

Le phénomène de l’Oasis dont ‘apparition est étroitement lié à la création d’Azougui, dont les vestiges témoignent de ce passé florissant, dans un milieu de plus en plus désertique n’acceptant plus les autres formes d’agriculture.

Le site archéologique d’Azougui, première capitale des Almoravides sous forme de forteresse construite en pierre sèche comportant un mur d’enceinte et plusieurs concessions. Cette forteresse a été agrandie au fil des temps, ce qui se justifie par l’urbanisation à l’intérieur du mur de l’enceinte sur un périmètre de plusieurs kilomètres.

Les objets archéologiques exhumés fournissent une information éloquente sur le rôle que jouait le site dans le commerce transsaharien à travers la céramique et le verre, tous importés d’horizons différents, notamment le Maghreb, la Péninsule Ibérique et le proche Orient. En outre la tradition orale fournit des témoignages cohérents et concordants sur le rôle de l’Imam El Mejdhoub, personnalité mythique et religieuse d’envergure et son adepte l’Imam El Hadramy El Morady dont la tombe se situe au coeur du site et dont l’oeuvre manuscrite « El Ichara-Vy Tadbiri El Imara » fut la première en politique dans la région.

*Site archéologique de Kumbi Saleh (2001)

Capitale de l’Empire du Ghana dégage plusieurs concessions d’une architecture exceptionnelle et d’une richesse extraordinaire en matériel archéologique, en particulier la mosquée qui est considérée actuellement la plus ancienne et la plus grande mosquée de l’Afrique de l’Ouest. Parmi les objets archéologiques exhumés apparaissent des plaques épigraphiées très originales, une étonnante côte de mailles et de rares objets métalliques. La plus ancienne date du site remonte au 4è » siècle, mais son abandon n’est attesté que vers la moitié du 13è » siècle.

Le site est un ensemble architectural extraordinaire dont le périmètre dépasse 10 km. Les concessions dégagées montrent l’emploi très particulier des plaques de schiste dans un art architectural exceptionnel, duquel seront inspirées, plus tard les villes de Oualata et de Néma. Les édifices religieux très marquant dans le site sont le monument animiste à colonnes et la grande mosquée remarquablement restituée par l’archéologie. L’Empire du Ghana, est selon les auteurs anciens, l’organisation politique la plus importante dans la région, pendant cette période et, il avait sous son autorité un grand nombre de royaumes, ce qui lui a permis le contrôle du célèbre commerce de l’or soudanais et ceci jusqu’à l’avènement de la conquête almoravide qui a changé considérablement le mode de vie à Kumbi Saleh ; et le rayonnement scientifique des villes historiques de Tichitt et Oualata et plutard Toumbouctou, en plus du changement de l’axe du commerce transaharien au profit de ces ville a accéléré l’abandon de la ville.

*Site archéologique de Tegdaoust (2001)

Tegdaoust fut une étape incontournable du commerce et de l’industrie métallurgique de l’or, le fer et le cuivre ; elle était certainement la première étape sur la route liant le Maghreb et le pays soudanais. Cette cité a connu un commerce florissant de l’or et des activités socio-économiques très aisées pendant plusieurs sièccles. Le site archéologique date du 8è,e siècle, mais il a connu plusieurs périodes d’occupation qui perdurent dans le temps jusqu’au 13 è,e siècle. Entre 1050 et 1070, le site, qui jusqu’à cette date était sous l’autorité de l’Empire du Ghana, a été conquis par les Almoravides. Les fouilles du sites ont montré l’évolution de l’architecture et de la vie humaine dans un milieu qui connaît une croissance de l’aridité et, elles ont dégagé des objets très significatifs dans le commerce et l’industrie de l’or, dont une balance vraisemblablement la plus ancienne de la région.

*Les oasis à foggaras et les ksour du Grand Erg Occidental (2002)

Dans le complexe spatial formé du Grand Erg Occidental et de la vallée de la Saoura la stratification dans le temps de l’action anthropique a donné lieu à un modèle original d’implantation d’oasis où le cadre naturel et les interventions dues à l’homme concourent à la formation de l’écosystème. L’oued Saoura a été défini comme un « événement unique dans tout le Sahara africain » et comparé, pour ce qui est de l’importance géographique et de l’impact sur les civilisation, au Nil d’Egypte.

La Saoura a creusé sa vallée au cours du quartenaire en s’encaissant dans les terrains du tertiaire continental du piedmont sud atlastique. La vallée étroite et bien dessinée s’insère entre la chaine de Ouargla et le tertiaire continental. Elle a été une grande voie caravanière transharienne qui joignait Gao en territoire malien après la traversée de Tanezrouft. Elle présente un des paysages les plus marquants de part et d’autre de l’oued Saoura, ici se juxtaposent les escarpements rougeâtres de la Hamada du Guir à l’ouest et les dunes blondes du grand erg occidental à l’est. Entre les deux , s’égrènent palmeraies et ksours jalonnant l’oued. Partout des puits à balancier destinés à élever l’eau ; beaucoup de ksour sont encore occupés ( Aguedel, El ouarta, Guerzim, Kerzaz…).

*Sites, lieux et itinéraires augustiniens du Maghreb central (2002)

Parmi les pères de l’église, Augustin (Theveste 354 – Hippone 430) est sans conteste l’un des plus connus. Rhéteur philosophe, théologien, penseur hors du commun, mystique et fondateur d’une règle monastique originale a marqué d’une empreinte particulière son époque et, depuis lors, sa renommée n’a cessé de croître dans le monde.

Les activités épiscopales d’Augustin n’ont pas seulement pour site son siège d’Hippone. A partir d’Hippone, ses missions les plus diverses le conduisent en des lieux et selon des itinéraires qui recouvrent l’ensemble de l’est algérien et une partie du centre de l’Algérie d’aujourd’hui .

Depuis son ordination et jusqu’à la fin de sa vie, Augustin n’en fut pas moins sur les routes de l’Afrique non seulement pour y prêcher en des circonstances diverses mais aussi pour participer aux différents conciles qui se déroulaient dans sa province ou hors de sa juridiction ecclésiastique. Ses déplacements en Numidie et en Maurétanie sont bien attestés et les lieux visités bien identifiés grâce à ses nombreuses correspondances et sermons .

Il se déplaça 4 fois à Mila , 1 fois à Calama, 4 fois à Cirta, 3 fois à Khamissa, 4 fois à Thagaste, 1 fois à Sétif, 1 fois à Caesarea, 1 fois à Ténes et 1 fois à Tobna . Ces sites d’existence , d’études et de déplacement surprennent par leur richesse et étonnent par leur variété. Elles jalonnent les routes stratégiques entre les plateaux peuplés de nomades et le littoral.

*Nedroma et les Trara (2002)

Capitale des Trara bâtie sur le revers de djebel Filaoussene par Abdelmoumen Ben Ali en 1150 sur les ruines d’une cité berbère. Elle a accueilli de nombreux immigrants andalous chassés par la reconquista. Elle devint un important centre de textile au 16 ème siècle.

C’est une ville étagée sur les flancs du djebel Filaoussène entre 400 et 500 m d’altitude sur un site verdoyant arrosé par des sources d’eau importantes où les maisons bleues, blanches, vertes et brunes forment un cadre enchanteur.

*Oued souf (2002)

Ensemble d’oasis unique implanté en plein erg imposant un mode particulier de mise en valeur (technique du Ghout ) et un système de culture originale: les palmiers sont plantés directement au dessus de la nappe au fond de vastes entonnoirs creusés dans le sable. Des cultures secondaires sont faites sur le bord des entonnoirs et irrigués par des puits à balancier. Ce type d’oasis ne se base pas sur une structure géomorphologique ou sur un système hydrographique apparent. L’existence des oasis s’avère une création complètement artificielle dont chaque pouce de terrain est directement disputé aux dunes. Le travail de maintenance ne peut jamais s’interrompre, étant donné l’impossibilité de bloquer l’action continue du vent et des sables contre laquelle toute opposition drastique est vouée à l’échec. Des barrières artificielles de palmes provoquent l’accumulation de sable et favorisent le système protectif des entonnoirs creusés.

C’est une région ayant une identité spécifique mais dont l’histoire est très mal connue. Sa population métissée comprend des descendants d’ancêtres nomades de Troud et Adouane venus du Yemen mêlés à des populations zénètes preéxistantes. Le souf est aussi le pays des roses des sables , des fennecs et des tapis de haute laine ou en poil de chameau. A 15 km à l ‘ouest d’El Oued : l’oasis de Ourmes.

*Les Mausolées Royaux de Numidie, de la Maurétanie et les monuments funéraires pré-islamiques (2002)

Il s’agit de biens funéraires produits d’une brillante civilisation originale à la fois africaine et méditerranéenne.

Ces monuments royaux représentent une sélection d’exemples remarquables de sépultures remontant à des périodes variées et issues de régions différentes. Ils témoignent de la diversité des conceptions architecturales et techniques artisanales élaborées au cours de plusieurs millénaires.

Cet ensemble est constitué par : La Soumaa d’El Khroub, le Medracen, le e Mausolée Royal Maurétanien sur la côte de Tipasa, lee Mausolée de Beni Rhénane en bordure de l’oued Tafna, les Djeddars , tombeaux situés à 30 km au sud de Tiaret (dans les hauts plateaux) et le Tombeau de Tin Hinan ( Abalessa) dans le Hoggar.

*Parc des Aurès avec les établissements oasiens des gorges du Rhoufi et d’El Kantara (2002)

L’Aurès est limité à l’ouest par la grande dépression de Batna à l’est par la vallée de l’oued El Arab et tombant brutalement au dessus des plaines sur ses faces nord et sud. Ses crêtes culminent au nord est à plus de 2000 m.

Une végétation très variée traduit des contrastes climatiques comme il y en a peu en Algérie. Le versant nord porte des chênes verts et en altitude , de belles cedraies qui couronnent le sommet des grands anticlinaux sur sols gréseux silicieux. Le versant méridional porte des forêts de pins d’Alep et de genévriers de phénicie qui font place vers le sud à la steppe et dans le fond des vallées aux palmeraies. L’Aurès fait cohabiter à 30km de distance le cèdre et le palmier, l’on moissonne le blé en juin dans le nord; en avril dans les palmeraies. De tels contrastes ne s’expliquent que parce que l’Aurès met directement en contact le Tell et le Sahara.

Cette région a une originalité humaine incontestable; c’est le pays Chaouia et présente une grande unité de comportement : société traditionnelle berbère qui a conservé sa langue, ses coutumes et son habitat à terrasses. Cette spécificité est due en partie à ce que l’Aurès a été longtemps un monde fermé. Il est protégé par ses hautes murailles et ses vallées peu ouvertes. L’habitat en villages tassés sur les pentes (Dechras) et les terroirs de cultures en terrasses étagées soutenues par des murettes de pierres témoignent d’une implantation humaine ancienne bien adaptée en milieu montagnard. Nature et implantation humaine se conjuguent ici pour faire des Aurès un monde original.

*Parc National d’El Feija (2008)

Le parc national d’El Feijaa été investi par l’homme depuis la préhistoire, à savoir il y a 10.000 ans (le néolithique). La présence des silex et des obsidiennes taillés atteste de cette présence. L’appropriation préhistorique de ce site est encore plus attestée par des traces de peintures rupestres dans les creux du Rocher de Kef Negcha, qui pourrait être considéré jadis comme un lieu de culte pour les populations autochtones.

Le parc se situe dans l’étage bioclimatique humide à hiver tempéré. La pluviométrie moyenne annuelle est de 1217 mm. Dans les hauteurs, la pluviométrie est estimée à 1500 mm/an. On enregistre quelques jours de neige ainsi que plusieurs mois de sécheresse. La température moyenne annuelle est de 14,3°C. Le relief est formé par des collines et falaises. L’altitude varie de 550 à 1550 m, point culminant du parc, connu sous le nom de Statir. Le sol typique est brun lessivé à humus de type mull. Dans le parc, il y a une vingtaine de sources dont dix se situent dans la réserve des cerfs.

Le Parc National d’El Feija abrite une forêt de Chêne Zen considéré comme la plus belle Zénaie en Afrique du Nord.

*Parc National de Bouhedma (2008)

 

Le parc s’étend dans les bioclimats arides inférieurs à variante tempérée et fraîche, jusque dans le semi-aride inférieur à variante fraîche. Les précipitations peuvent être estimée à 140 mm dans la plaine et à 300 mm au sommet du djebel.

Le Parc représente un vestige unique d’une ancienne savane présaharienne analogue à celle du Sahel africain. Au fil des années la grande faune a progressivement disparue (Eléphant, bœuf sauvage, antilope Bubale, gazelle m’horr, lion de l’Atlas, pintade de Numidie et plus récemment l’Oryx, l’Addax, le léopard, le Guépard, l’Autruche à cou rouge…..). Une partie de ces espèces disparues était partiellement ou totalement inféodée aux écosystèmes steppiques arborés.

La steppe à Acacia raddiana et la présence d’espèces sauvages disparues ou menacées de disparition dans le sahel et dans le maghreb (Oryx, Addax, Gazelles, Autruches,. . .) contribuent à la renommée internationale du Parc Nationale.

*Chott El Jerid (2008)

Le Chott El Jerid est une vaste dépression salée, située entre la chaîne de montagnes du Cherb au nord et le désert au sud, et reliée à l’est au Chott Fejaj ; c’est la plus vaste du chapelet de dépressions entre la steppe et le désert, caractéristique du nord saharien. La région du Jerid (c’est-à-dire « la région du palmier ») comprend toute la zone de Tozeur au nord du Chott. La zone humide elle-même est difficile d’accès, traversée par une seule route qui s’étend sur à peu près quatre-vingts kilomètres entre Tozeur au nord-ouest et la région de Kebili (appelée « Nefiaoua ») au sud-est. Il est fort dangereux de s’écarter de cette route pendant la traversée du Chott car la surface est peu stable, et l’histoire raconte de nombreux incidents au cours desquelles des troupeaux de dromadaires, des caravanes, si ce n’est des armées entières, sont disparus sous les boues instables. Autrefois, elle abritait un lac de grande étendue. Aujourd’hui elle est rarement en eau, et son principal intérêt est plutôt hydrologique, géologique et géomorphologique, à cause des nappes d’eau fossile souterraines qui nourrissent les oasis autour du site, et également de la possibilité de gisements de valeur économique, notamment de pétrole.

*Oasis de Gabès (2008)

L’oasis de Gabès est l’unique oasis littorale de la méditerranée et l’un des derniers exemples d’oasis de ce type dans le monde. Elle constitue aussi un refuge pour une faune riche en petits mammifères, reptiles, mollusques et insectes, et pour une faune associée, peu connue encore, composée pour l’essentiel d’oiseaux transsahariens, migrateurs et hivernants d’intérêt international.

En plus de la proximité de la mer, l’oasis de Gabès avec ses étages de cultures (strate supérieure constituée de palmier dattier, strate moyenne constituée de différents arbres fruitiers et strate basse composée de différentes plantes maraîchères, industrielles et fourragères) constitue un microclimat favorable au développement d’une flore très diversifiée, et un paysage exceptionnel.

C’est également un paysage exceptionnel, intimement lié à l’action de l’homme qui par l’utilisation judicieuse de l’espace (cultures en étages) mais aussi raisonnée de l’eau (système de partage des eaux) a permis depuis des siècles de favoriser l’émergence d’espaces relativement grands de végétation luxuriante dans des régions arides qui ont fixé les populations alentours.

*Oasis de Figuig (2011)

Le paysage culturel de Figuig est une représentation exceptionnelle de l’interaction de l’homme et de la nature dans un environnement désertique, basée sur un système social traditionnel complexe. Ce paysage se traduit par une organisation spatiale structurée en ksour, une architecture de terre particulière et une architecture monumentale par le système d’irrigation adopté pour la palmeraie et les jardins étagés qui lui sont associés. Le micro-climat de la palmeraie, grâce à l’ombrage des palmiers et des autres arbres fruitiers, à l’ombre portée des murs ceignant les jardins, et à la fraicheur apportée par les bassins, constitue un exemple d’interaction positive entre l’homme et l’environnement, dans un contexte marqué par des tendances telles que la désertification et le changement climatique.

La palmeraie de Figuig est également l’un des derniers exemples de jardin étagé oasien encore fonctionnel, c’est-à-dire produisant une variété d’aliments et de produits d’échange (dattes notamment) et s’appuyant sur des savoir faire et des pratiques traditionnelles de gestion de l’eau. Dans la plupart des oasis, les palmeraies ont soit connu une tendance à la modernisation, ce qui les a transformées en agro-systèmes très simplifiés, potentiellement plus productifs mais également plus vulnérables face à la raréfaction de la ressource en eau ; soit les palmeraies sont devenues des « fonds de décor » pour une mise en valeur touristique, ce qui conduit à leur dégradation faute d’entretien.

*Médina de Sfax (2012)

Port et porte de l’Ifrikyia vers le Levant durant une longue période, la médina de Sfax représente, par sa fondation et son plan régulier, un exemple éminent de transfert sur les bords de la Méditerranée de la conception arabo-musulmane de l’urbanisme après son expérimentation pour la première fois avec la fondation de Koufa en Irak ( position centrale de la grande mosquée).

*Les Mausolées Royaux de Numidie, de la Maurétanie et les monuments funéraires pré-islamiques (2012)

Civilisation des populations autochtones du Maghreb antique, la civilisation numide a laissé de nombreux témoignages archéologiques constitués pour l’essentiel de monuments funéraires de type mégalithique et de ce que les spécialistes ont appelé le « type royal ».. Le premier type est constitué de centaines de tombes mégalithiques monumentales d’une grande originalité architecturale, réparties pour la plupart en de grandes nécropoles dont les plus importantes sont celles d’Ellès (Ulules), Hammam Zouakra (Thigibba) et Makthar (Mactaris) dans le Haut-Tell tunisien, auxquelles il convient d’ajouter les monuments funéraires numides de Chimtou (Simitthus) dans la Moyenne vallée de la Majrada. Quant au second type, il est représenté par des monuments comme les mausolées numides de Dougga (Thugga) et de Henchir Bourgou dans l’île de Djerba.

Les monuments et les ensembles de monuments de l’architecture funéraire numide proposés pour inscription illustrent des échanges d’influence entre la civilisation des autochtones du Maghreb et d’autres civilisations de la Méditerranée antique telles que la civilisation phénico-punique ou celle hellenistico-égyptienne. Ils constituent des exemples de grande valeur témoignant des progrès réalisés dans les techniques d’extraction de la pierre et de son transport avec que celles de la construction et de la décoration architectonique.

*Le complexe hydraulique romain de Zaghouan-Carthage (2012)

Il s’agit d’un ensemble architectural exceptionnel par l’ampleur du programme mis en œuvre. Sa réalisation a constitué l’éclatante illustration à la fois de la parfaite maîtrise des techniques de construction de ce type d’ouvrage sur une très longue distance atteinte par la civilisation romaine ainsi que de celles du captage, de l’adduction et de stockage de l’eau en quantité impressionnante.

Par son ampleur et par ses différentes composantes, il témoigne du génie créateur de l’homme. Il constitue un témoignage de grande valeur de la période romaine et offre un éminent exemple des ensembles hydrauliques de l’Antiquité parvenus jusqu’à nous.

*L’île de Djerba (2012)

Par sa situation géographique et par la place qu’elle a occupée dans l’histoire tant régionale que méditerranéenne, l’île de Djerba peut être considérée comme le carrefour de la Méditerranée antique et médiévale.

Le type d’occupation du sol à Djerba constitue un exemple éminent d’une utilisation traditionnelle d’un territoire et d’une interaction de l’homme avec son environnement. L’île de Djerba constitue l’exemple même d’un paysage culturel tel qu’il est défini par la Convention du patrimoine mondial culturel et naturel.

Chantée par Homère, associée à de grands évènements qui ont marqué l’histoire du monde méditerranéen antique et médiéval, l’île de Djerba constitue un exemple éminent d’établissement humain et d’une occupation du territoire représentatifs rendus vulnérables sous l’effet de mutations irréversibles. Son impact sur l’imaginaire universel est très grand depuis l’époque de l’Odyssée jusqu’à nos jours.

*Les carrières antiques de marbre numidique de Chimtou (2012)

Le marbre numidique est un matériau qui a occupé une place centrale dans l’art décoratif de l’Antiquité et pendant la Renaissance. Les carrières d’où il a été extrait avec leurs traces d’extraction et avec leurs constructions et aménagements connexes (caserne-prison) et la « colline sacrée » avec ses trois sanctuaires et sa collection exceptionnelle de reliefs votifs consacrés au dieu africo-romain Saturnus ) constituent un ensemble unique dans tout le monde romain et d’une valeur universelle exceptionnelle.

L’extraction du marbre numidique de Chimtou et sa large diffusion dans le monde méditerranéen sous l’Empire romain ont marqué de manière notable l’évolution de la décoration architectonique et architecturale. Etalée sur une période de plus de 6 siècles, l’exploitation de ce matériau a donné lieu à la création d’un paysage culturel exceptionnel. Les traces d’exploitation encore conservées constituent une témoignage d’une grande valeur sur les techniques d’extraction et de transport adoptées dans une carrière antique, notamment durant l’époque romaine impériale. Les différentes carrières et les constructions et aménagements connexes apportent un témoignage exceptionnel sur le mode d’administration et de gestion directes d’une carrière impériale durant le Haut-empire romain.

*Frontières de l’Empire romain : Limes du Sud tunisien (2012)

La section tunisienne des frontières de l’Empire romain représente un exemple remarquable de transposition dans un environnement à la lisière du Grand Sahara d’un système de défense de territoire et d’une architecture militaire caractéristique d’un pouvoir politique né dans le centre de la péninsule italienne. Elle a été un espace d’échanges économiques et culturels et d’un grand brassage humain. Pendant une période de plus quatre siècles, elle a favorisé la mise en valeur agricole pour assurer l’approvisionnement des garnisons disséminées dans cette vaste région présaharienne. Cette organisation militaire a permis le développement d’une forme de sédentarisation dans des espaces qui, jusque-là étaient voués au nomadisme.

*Casablanca, Ville du XXème siècle, carrefour d’influences (2013)

Casablanca est une ville où l’on trouve une concentration importante de bâtiments art déco, fonctionnalistes et modernistes d’avant-garde.

Le bien proposé à l’inscription est un exceptionnel laboratoire expérimental d’architecture et d’urbanisme du XXème siècle. Casablanca a permis la promotion de nouvelles réflexions architecturales et la diffusion d’une nouvelle science, propre à l’Europe : l’urbanisme. Comparée aux autres villes du Maroc, Casablanca présente certaines spécificités. C’est une ville carrefour qui reflète une exceptionnelle synthèse d’éléments issus de cultures, d’époques, de modèles, et d’idéaux différents. Cet original métissage s’illustre dans son paysage urbain et architectural qui lui confère une valeur patrimoniale indéniable.

Ville au carrefour de trois continents et terre d’accueil, le développement urbain et architectural de Casablanca est le résultat d’un mélange d’influences marocaines, maghrébines, occidentales et américaines. L’architecture de la ville illustre parfaitement ce mélange d’influences. Les arts autochtones et les techniques traditionnelles se marient élégamment aux nouveaux mouvements architecturaux.

Le centre de Casablanca est un témoin de l’application du mouvement moderne. Il s’agit d’une ville nouvelle entièrement construite au XXème siècle, illustrant la naissance de l’urbanisme et de l’architecture moderne. A l’innovation urbanistique fait écho l’innovation esthétique. Après les styles néo-mauresques et néo-classique, c’est le courant moderne qui s’affirme au fil des bâtiments casablancais.

L’art-déco dont les formes géométriques se marient avec les motifs et les techniques traditionnels, amorce cette réflexion architecturale. Gagnés par cet esprit pionnier, les promoteurs rivalisent d’audace pour élever ces immeubles qui portent encore leur nom.

*Le chapelet d’oasis de Tighmert, Région présaharienne du Wad Noun (2016)

Le chapelet d’oasis de Tighmert, riche en éléments archéologiques, constituait le chef-lieu de la ville de Nul-Lamta, l’agglomération, capitale médiévale de la rive Nord-Ouest saharienne jusqu’au XVIe siècle. Il se présente aujourd’hui comme une série de palmeraies relevant de la commune rurale d’Asrir à 12 km au Sud-est de la ville de Goulmim à 200 km au Sud d’Agadir. Ce chapelet d’oasis, incarné par un ensemble de ksur (sing. ksar) suivant le fleuve Warg-n-Nun de l’amont vers l’aval. Il s’étale du Nord-Est au Sud-Ouest sous l’intitulé Ayt Bakkou, Taourirt, Ayt Massoud, Ayt Mhamad, Ayt al-Khannous, Asrir et Zraywila. L’oasis d’Asrir étant la limite Sud du Chapelet est séparée de Zraywila d’environ 30 km.

La partie Sud de la cité de Nûl-Larnta, celle du versant et du contrebas de la colline d’ Asrir et Tuflit al-Harratin, fait de l’agglomération une organisation politique dont les 8 données récoltées sur la morphologie, les modes de construction et d’occupation des maisons fournissent un corpus de premier ordre. Les vestiges encore visibles, montrent la genèse de l’organisation oasienne à partir de son économie complétée sensiblement par rapport celle fournie par les sources.

*Le Permien marin de Jebel Tebaga (2016)

Vu ses ressources naturelles exceptionnelles (roches, fossiles, paysages), le Jebel Tebaga de Médenine est le seul témoin de la nature de la vie et de la dynamique sédimentaire qui animaient, à la fin de l’ère primaire, le jeune océan téthysien en cours d’ouverture. Il constitue une véritable réserve géologique nationale et un patrimoine mondial.

Il s’agit de l’unique affleurement de Permien  supérieur marin  à l’échelle de l’Afrique dont les sédiments et les fossiles constituent un exemple remarquable d’un grand stade de l’histoire de la vie sur la terre.

*Le Stratotype de la limite Crétacé-Tertiaire (limite K-T) (2016)

L’extinction Crétacé-Tertiaire ou extinction K – T qui marque la fin du Crétacé est une extinction biologique massive et à grande échelle. Elle représente un phénomène naturel remarquable.  La crise Crétacé-Tertiaire est l’une des cinq crises majeures qui ont marqué les temps géologiques. La limite K – T constitue un exemple remarquable d’un grand stade de l’histoire de la vie sur la terre.

*La Table de Jugurtha à Kalaat-Senen (2017)

La Table de Jugurtha offre de nombreuses particularités morphologiques et géologiques (exokarst, modelé lié à divers processus de météorisation…) qui ont été mises à profit par l’homme, mais surtout un paysage unique. Du haut de ses 1200 m, cette éminence qui émerge dans le paysage, constitue un repère pour les habitants et les visiteurs de cette partie du Haut Tell, en plus de fournir une vue panoramique exceptionnelle à 360° des régions environnantes et qui déborde su l’est algérien. La raideur de ses abrupts ne donne que plus de pittoresque au site.

Situé dans une zone de transition et de passage, le bien constitue un bel exemple qui témoigne d’un échange intense et continu entre les différentes civilisations du bassin méditerranéen dans leurs successions et rencontres et ce pendant plus de trois milles ans, d’une manière permanente. Le « Bien » recèle d’importantes richesses archéologiques où se superposent des apports de civilisations diverses, numides, romaines, byzantines, islamiques, ottomanes et occidentales.

La « Table de Jugurtha » est un site historiquement rattaché à un événement décisif dans l’histoire de la Numidie. La défaite de Jugurtha qui s’est retranché en haut de cette table, a ouvert à Rome la voie pour l’occupation de l’Afrique du Nord. Cette épopée de la résistance des Africains se répète dans des conditions similaires avec la résistance légendaire de la célèbre Kahena lors de la conquête arabe.

C’est aussi un lieu identitaire et hautement symbolique pour les populations des deux côtés de la frontière tuniso-algérienne.  C’est aussi un témoignage unique et incontestable sur le développement d’une industrie et d’un savoir-faire ancestral et local que les invasions des tribus nomades d’Orient au Moyen-âge, ont fini par déconstruire. Cette rupture des équilibres et cet arrêt de la dynamique endogène ont plongé la région dans un processus de paupérisation, sans pour autant effacer l’empreinte du génie humain qui a façonné les lieux auparavant.

Géoparcs mondiaux de l’Unesco

Les géoparcs mondiaux UNESCO sont des espaces géographiques unifiés, où les sites et paysages de portée géologique internationale sont gérés selon un concept global de protection, d’éducation et de développement durable. Leur approche « partant de la base » et associant la conservation et le développement durable tout en impliquant les communautés locales devient de plus en plus populaire. A ce jour, on compte 127 géoparc mondiaux UNESCO dans 35 pays.  Le Maghreb en compte un seul pour le moment.

Geoparc du M’Goun (2014)

Pour obtenir le ce label, le Géoparc du M’Goun a dû répondre à deux critères essentiels, à savoir présenter un territoire qui recèle un patrimoine naturel, géologique, culturel et architectural riche et varié, et être doté d’une structure de gestion appropriée et d’une stratégie de développement socio-économique, s’appuyant notamment sur le géotourisme et le tourisme durable, explique le communiqué.

Situé dans le haut Atlas central, ce Géoparc est riche d’un patrimoine géologique, minéralogique et paléontologique exceptionnel qui suscite l’intérêt de la communauté scientifique nationale et internationale. Il renferme de nombreux géosites de sites géotouristiques et des sites archéologiques de grande valeur, tels que les empreintes de Dinosaures, les gravures rupestres, les Cascades d’Ouzoud, le pont naturel d’Iminifri, le Rocher de Mastfran, des sites architecturaux, et des sites à intérêt biologique et écologique.

L’histoire de cette région remonte à des millions d’années: elle constitue un secteur géologique privilégié, caractérisé par la présence de célèbres et spectaculaires traces de pas de dinosaures sauropodes et théropodes dont le site préhistorique d’Iroutane (région de Demnate) et sur divers sites au cœur de la vallée d’Ait Bouguemmez. La région a connu la découverte d’un squelette presque complet d’un sauropode dénommé Atlasaurus imlajei et qui est actuellement exposé au Musée des Sciences de la Terre à Rabat . Le géoparc du M’goun regorge aussi d’une faune riche en espèces menacées de disparition, telles le mouflon à manchettes, l’aigle royal, le gypaète et la panthère de Tamga. En plus du patrimoine archéologique, le site est riche d’un patrimoine architectural et historique de grande valeur (kasbahs, ighermans, greniers collectifs et gravures rupestres).

Autres sites et biens proposés

Site archéologique de la ville de Ptolemais (1984)
Le Parc national du Toubkal (2006)
Moussem d’Imilchil (2011)
Tazotas de Doukkala (2016)
La Musique Gnaoua (2016)
Tanger, Carrefour de civilisations (2016)
La Musique Gnaoua (2016)
Le raï, chant populaire d’Algérie (2017)
Les savoirs et savoir-faire des mesureurs d’eau des foggaras ou aiguadiers du Touat-Tidikelt (2018)
Les savoir-faire liés à la poterie des femmes de Sejnane (2018)
L’Art du Malhoun (2018)
La Tradition du Couscous (2018)
La Broderie de Tétouan
La Broderie de Chefchaouen
Fabrication de la poudre à canon traditionnelle chez les Beni Yekhleften
L’Ahidous du Moyen-Atlas
Broderie de Meknes
La Procession des Cierges à Salé
La natte de Salé
La Broderie de Salé
La Broderie de Rabat
La Broderie d’Azemmour
Ahidous de de la vallée de Mgoun
Danse d’Ahouach
Le conte de Hammou Ounamir
Les Cérémonies du Henné et du Mariage à Ighrem
Moussem Sidi Ahmed Ou Moussa
Moussem de Lalla Aîcha
Moussem de Tazerwalt
La tradition assifat
La colline maraboutique des Bhallas
Vannerie de Douar Doum
Tradition de la tborida à Dar Chafaï
Cérémonie de mariage à Dar Chafaï
Gouffres des Mazouch (Kifane Lemzoch)
Zaouias et Marabout de la Chaouia
Légende de kahf al- harba ou Koudiat malliyat es-saullih
Abidat R’ma
La Tradition du R’rgag chez les Beni Meskin
Moussem de la Zaouia d’Assa: Malga Assalihine
La tradition et la confection de L’flig
Confrérie du Cheikh al- Bouazzaoui
Jeu de l’Arah
La poésie hassanie
La tradition de la Ziada
Jeu du Ddabli
Danse de Lblayda
La Maroquinerie
La Dinanderie de Meknes
Danses de Rguis et de la Guedra

Réserves de Biosphère

Régions reconnues par l’UNESCO comme modèles conciliant la conservation de la biodiversité et le développement durable, avec l’appui de la recherche, de l’éducation et de la sensibilisation, dans le cadre du programme sur l’Homme et la biosphère (MAB).

Djebel Chambi (1977)

IIes Zembra et Zembretta (1977)

El Kala (1990)

Djurdjura (1997)

Arganeraie (1998)

Oasis du sud marocain (2000)

Chrea (2002) 

Taza (2004)

Gouraya (2004)

Delta du Fleuve Sénégal (2005)

Intercontinentale Méditérraéenne (2006)

Belezma (2015)

Montagnes de Tlemcen (2016)

Cédraie du Moyen-Atlas (2016)



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